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Catégorie : Vrac

Les sains valentins

Ces derniers mois, beaucoup, souvent : « Ah t’es polyamoureux ? Pas moi, je ne crois pas craindre l’engagement, l’exclusivité, la routine, ça me va… mais je suis curieuse, tu m’en parles ? ».

La curiosité, c’est vraiment le bien.

Alors en cette période de saint Valentin toute focalisée sur un schéma unique, à toi lecteur que j’aime un peu / beaucoup / comme une dingue, je vais t’offrir une occasion de réflexion. Je pose quelques trucs en vrac, il y a dans ce texte des liens-à-la-con et d’autres un peu plus intéressants, et si tu es curieux, tu sauras bien tirer les fils qui t’emmèneront au pays des bisounours. T’es prévenu.

Rien de plus rien de moins, je ne vais pas te dire contre qui tu dois coller ton coeur, ta tête ou tes organes génitaux, pas plus que je ne te dirai ce que je fais des miens, rêve pas. Oui je sais, je t’invite à être curieux et puis bam, rideau. Je te propose qu’on s’excite les neurones, c’est déjà bien hein.

Disclaimer : Si mes interlocuteurs m’ont paru particulièrement intelligents, tolérants et bien dans leurs baskets, un biais de sélection n’est absolument pas à exclure. Mais t’as qu’à t’entourer de gens chouettes aussi, envoie-moi paître ces branques.

Voilà les trucs basiques mais lumineux qui ont découlé pour moi. Partant du polyamour, mais aux implications beaucoup plus plus larges, pouvant parler aussi aux plus monogames, à prendre comme une simple boîte à outils.

Polyamour : c’est un mot plutôt naze, pas très évocateur de la réalité. (J’en connais par exemple pour qui l’amour courtois n’implique pas toujours d’être poli) (poumpoumtsh) Plusieurs amoureux/ses en même temps ? Oui, ou du moins cette possibilité, mais ça ne dit pas grand-chose d’intéressant, parce que ça n’est vraiment pas unilatéralement « J’écoute mes pulsions, je fais ce que je veux », sauf si on est un connard bien sûr.

Ce qui est intéressant c’est qu’on a pas l’habitude de voir les choses comme ça, parce que du coup on se pose de nouvelles questions. Ça, j’aimerais bien. Ça oui, je pourrais accepter. Ça par contre, je ne crois pas. Et toi ? Il n’y a pas une seule obligation, sinon se questionner et s’écouter. Toutes les limites sont entendables. Une fois que tout à été mis sur la table, il n’est pas question de les dépasser sans en rediscuter, ou alors il y a tromperie (oui, on peut être polyamoureux, très libre, et tromper). Je suis assez sensible au côté DIY de la relation, aux infinies ajustabilités. (Démonter un grille-pain pour comprendre comment il fonctionne et pouvoir le réparer si besoin, ça donne plus de saveur aux toasts non ?)

Mono- ou poly-, ou en amitié, ou au boulot, ou en famille, on se questionne quand sur nos besoins, nos attentes, nos limites, et surtout quand ose-t-on les DIRE ?! On suppose, on pense, on postule que, sûrement que l’autre… Et on se plante tellement.

Le poly, souvent en équilibre, est je crois poussé à communiquer mieux. Dire mieux, et entendre mieux. Se remettre en question souvent, c’est fatigant oui, mais je vous ai dit dans l’article précédent ce que je pensais de l’insécurité.

Et la jalousie ?

Ouais, viens on se remet encore en question ! o/

La jalousie c’est nul, ça fait du mal. Aux polyamoureux aussi, des fois, ben oui. À l’objet de la jalousie autant qu’au jaloux. (La jalousie comme preuve d’amour, gros gros boulet à déconstruire quand même. Si ça fait mal, pose toi des questions.)

On peut se dire que pour éviter de souffrir il faut éviter les situations où elle risque de surgir (mais c’est un truc à tout s’interdire et à vivre cloîtré dans le noir, bof). Ou alors décortiquer un peu les racines du mal pour essayer de le dompter.

Si on déconstruit, quitte à louer un bulldozer autant voir large. T’étais jalouse quand ton frère est né, t’étais jaloux quand Rodolphe a eu 19 et toi 18, t’étais jalouse quand il a invité Laurianne plutôt que toi, sans parler de ton voisin qui gagne au loto, ta copine qui décroche un super boulot, bon t’as compris le principe. Et ton meilleur pote qui fait des trucs supers sans t’inviter ? Tu as peur de le perdre, qu’il t’aime moins ?

Saines lectures : Démembrer la pieuvre à 8 pattes Partie 1Partie 2

Oui mais quand même, tu peux pas comparer l’amour et l’amitié. Pourquoi ? Parce que c’est pas pareil !

Parce que si on décrète que c’est un peu pareil, on perd encore des repères, et c’est l’insécurité qui nous guette. (o/ o/ o/) C’est vrai que c’est étrange de voir ça comme ça. Mais si tu savais comme c’est libérateur et qu’après, l’humain paraît tellement plus entier, abordable, humain.

« Anarchie relationnelle », en plus ça nous rappelle un peu comme quand on était jeunes et rebelles. :-)

Ça veut dire qu’on peut nouer une relation sans chercher à la catégoriser. Qu’on peut aimer plus ou moins quelqu’un, que ça peut varier dans le temps, et que les modalités de l’attachement sont celles que vous voudrez. De l’amour sans sexe, du sexe sans amour, de l’amour amical, une amitié amoureuse, du sexe entre amis, si tout le monde est au clair avec ça, et à l’écoute l’un de l’autre, sincèrement foutons nous la paix.

Ça veut dire aussi qu’idéalement, le moment que tu passeras avec ton amoureux fou, celui que tu passera avec ton ami d’enfance, et celui que tu passeras avec cette inconnue très chouette méritent la même intensité, la même attention, même si les modalités sont différentes.

Sortir des cases, repousser un peu l’horizon. L’amour et l’amitié comme un continuum, mais pas en terme de moins et plus. Ne plus se sentir en compétition.

Corollaire à tout ça : l’escalator relationnel.

Ce truc ancré-rouillé dans les esprits qui te dit que quand tu poses un pied sur l’escalator relationnel avec ton amoureux/se, s tu es engagé dans un processus mécanique à sens unique qui te sussure que cette relation doit te mener à quelque chose (Bisous < Sexe < Présentation officielle < Installation ensemble < Mariage < Enfants…) « Avec lui tu n’iras nulle part ». Ben et si on est bien où on est ? Parce que, si ce schéma marche pour certains, il pèse un max sur les épaules de ceux qui sortent de ces rouages parce qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas de certaines de ces marches. Une stagnation n’est pas forcément un échec, un retour en arrière n’est pas forcément une régression.

Je ne crois pas que ce texte existe en français, c’est dommage l’image est assez parlante.

Tout ça va aussi de pair avec une jolie attitude sexe-positive. Pardon, j’ai pas totalement creusé, je balance peut-être un concept trop gros pour moi.  Ce que ça veut dire pour moi c’est qu’il reste encore un tas d’héritage sexe-négatif plus ou moins conscient, d’un truc sale, honteux, à part, et en mode rapport de force, qu’on ne doit « accorder » qu’avec des pincettes et en baissant un peu les yeux. Ça n’est pas pour autant « youhou noyons nos vies de stupre », loin d’être un pilier obligatoire.  Simplement, à nous de nous réapproprier ça sur un mode sain et déculpabilisé. Du moment qu’il est safe et librement consenti, il ne doit s’agir que de se faire plaisir, de la façon qu’on veut sans relation de pouvoir entre les individus. Se sortir de l’esprit que l’autre cherche à nous extorquer quelque chose quand on est deux à prendre du plaisir. Le sortir de l’escalator relationnel, enfin bref, tous ces sujets s’interpénètrent et ils ont BIEN RAISON. 😀

(Là aussi c’est plus parlant chez les anglophones, ici on associe ça au féminisme pro-sexe je crois, qui est aussi intéressant mais différent à mon sens puisqu’il parle de la réapproriation du sexe par les femmes et minorités, en vue de reprendre du pouvoir, sans sortir ça d’un rapport de forces, donc)

Voilà.

Encore une fois, je ne prosélyte rien du tout (n’étant moi-même pas grand chose) sinon le bonheur et la liberté de mener sa barque au mieux, en fonction de ce qu’on est, de ce qu’on peut, et pas en fonction de ce qu’on attend de nous.

Comme je trouve que tous ces petits cailloux là apportent un peu plus d’amour, de sérénité et de respect, je voulais juste poser ça là et vous souhaiter de sains valentins.

Et quand on est au clair avec ses problèmes de relations, le fait qu’on ait zéro, un, deux ou trouze partenaires devient vraiment très très anecdotique, y a absolument pas à en débattre.

Mais si tu veux aller plus loin sur les amours multiples (t’es pas un peu CURIEUX/SE toi, dis moi ? <3) tu peux éventuellement poursuivre sur

Les fesses de la crémière (C’est là que j’ai commencé à trier « Ça oui, ça non… »)

La salope éthique (Avec une partie coloriages et exercices pratiques. Bon en fait y a pas de coloriages, non)

Contre l’amour, « Que ta solitude soit accueillante aux tendresses (N’ayez pas peur du titre hein. Une première partie argumentaire, et une deuxième partie plus ludique sous forme de dialogue ventre et cerveau, alias le coeur et la raison, que vous pouvez lire séparément)

polyamour.info (Mais là vous arrivez vraiment chez les bisounours, faut être prêt, moi j’y suis pas. Mais c’est plein de saines lectures quand même.)

(Et si vous avez de meilleurs liens à me souffler, je prends hein, je suis très newbie et consciente de balancer des trucs niveau zéro. Je mettrai à jour au fil du temps.)  )

Et l'insécurité surtout !

Ça me gratouille depuis longtemps cette histoire d’insécurité. J’ai jamais bien compris le concept, où ça commence, où ça s’arrête. La réalité et le fantasme. Le rôle des médias et politiques dans tout ça.

 

Et puis les derniers attentats et ce refrain tout le temps partout. « C’est terrible, on est plus en sécurité nulle part ! ». Ah bon c’est nouveau ? On le découvre ? Ça me rappelle la photo de ce gosse migrant, le visage dans le sable, qui a visiblement fait prendre conscience à certains que oui, même des enfants mouraient. On vous le disait mais il fallait vous le montrer, ok, soit.

Mais on peut être sensés deux minutes et se rappeler que la vie est, a toujours été, et sera toujours précaire ? Les avions ont toujours eu plein de bonnes raisons de mal finir, Les voitures encore plus. Quand le Sida ne tuait pas c’était le choléra. On avait souvent le même métier toute sa vie, oui, mais on mourrait à 45 ans. Les couples duraient toute la vie, oui, mais on choisissait et aimait rarement l’Autre qui partageait notre lit. Les brigands ont précédé les racailles, les nazis ont précédé les terroristes. (Give me my point) La mort et la violence, c’est pas tout à fait des innovations.

Sapristi la vie n’est pas SURE ! Maintenant que c’est dit on ne peut pas essayer de faire avec ?

 

Je vais m’arrêter avant d’avoir l’air de juger ou mépriser ceux qui ont peur, ceux qui le découvrent, loin de moi ce propos.

 

Moi j’ai toujours pas peur.

L’hypothèse un peu trop facile c’est que quand on a une santé vacillante, on a la chance de grandir avec cette conscience aiguë de l’impermanence des choses. On sait que la liberté ça se gagne avant tout dans la tête, on profite mieux de chaque instant, parce qu’on sait que même des enfants meurent et que des fois la vie se fout bien de notre gueule. (Ça ne se voit pas encore mais je suis en train de vous souhaiter une bonne année, là, tenez bon on va y venir. ^^)

Mouais. Je crois que ça n’est qu’un infime facteur.

Je crois plutôt que la sécurité, peu importe les événements, c’est un truc en nous, qui se construit depuis tout petit mais aussi tout au long de la vie. C’est un maillage plus ou moins solide, plus ou moins serré, qui fait que si tu tombes, tu sais sur qui et sur quoi tu pourras compter pour amortir ta chute, embrasser tes bobos, te relever. Et la matière première de ce filet de sécurité c’est avant tout de l’humain, des parents qui ne merdent pas trop, un frère qui fait le guignol, mais aussi un instit, des copains, et quiconque croise nos routes avec un peu d’intérêt. Ça peut reposer sur peu de piliers, parce qu’à partir de ça c’est à nous de prendre le relais en sécrétant nos propres brins de soie. Des passions, des idées, de l’amour. On mutualise aussi nos toiles.

J’ai cette chance.

 

Il n’y a pas de vœu qui m’agace plus que « Et la santé surtout ! Parce que quand on la perd on a plus rien ! ».

 

Je vous souhaite de savoir perdre la santé, l’argent, et peut-être même des gens aimés, en tombant sur un maillage de soie.

Je ne vous souhaite pas de ne pas chuter, je vous souhaite de rebondir.

Je vous souhaite d’affronter l’insécurité , l’impermanence, le risque, l’incertitude, la perte, et de réussir à en faire du beau.

Parce que c’est dans les parenthèses, les ellipses, les silences qu’on a l’occasion de grandir. Pas pendant qu’on se tasse sur nos peurs. Ne vous retournez pas, mais vous êtes suivi, quelqu’un sera là pour bécoter vos bobos. C’est dans les interstices que se chuchote l’éblouissant, que se tricote l’incongru, que s’apprend l’improbable.

 

Allez, on s’aime et on se met au tricot.

Bonne année, bonne santé. Et l’insécurité, surtout.

 

La poulette de batterie et les allumeurs de réverbères

Tu te souviens quand je disais que je changeais beaucoup, que mes bases foutaient le camp et que j’observais tout ça sans comprendre mais avec un grand sourire aux lèvres ? En fait j’ai compris et je vais essayer de t’expliquer. Je crois que ça tiendra pas dans un article cohérent tellement ça bouillonne. Mais c’est bien, tu vas voir. <3

Acte 1 : Allumeurs de réverbères

En fait ça n’a pas commencé à changer quand j’ai teint mes cheveux en bleu, mis des robes ou fait du parapente, mais quand je me suis inscrite sur OkCupid vers avril. Oui, c’est un site de rencontre mais cet article ne parle pas d’amour même si cette histoire en déborde plus ou moins. Je me suis toujours sentie super mal sur Meetic et consorts, mais ce site c’est ma maison, c’est différent et plein de gens lumineux. Je n’y ai pas trouvé le prince charmant (le cherchais-je vraiment) mais quelques types à l’esprit éblouissant, foutrement intelligents. Je ne parle pas de cette intelligence fadasse du type réussite-performance, mais de celle, très aiguisée, qui rend beau, drôle, humain, conscient de ses failles et de ses chances. Chers et précieux, un à un. (Merde, j’avais dit que ça parlerait pas d’amour mais je vous aime, les mecs.). Bref, on discute parce que oh la la j’ai de la chance, ils daignent me parler même si je leur arrive difficilement à la cheville. Je savoure ma chance et je me nourris de ces échanges qui fusent comme des comètes. C’est du sport, j’essaye de renvoyer les balles sans être trop ridicule, donner l’illusion. Je prends un plaisir fou à ce petit jeu, je jubile. L’illu
sion a l’air de marcher, ils vont même jusqu’à parfois insinuer que je pourrais avoir le même fonctionnement qu’eux, ah ah, c’est ça ouais, vils flatteurs . Il y a une simplicité dans tout ça. J’ai le droit d’utiliser des mots justes sans qu’on m’accuse gentiment de parler comme un livre, des mots jolis parce qu’ils seront appréciés, des sous-entendus juste esquissés parce qu’ils seront immanquablement entendus, et faire plein de jeux de mots très très pourris parce qu’ils excellent dans l’escalade du mauvais goût. C’est aussi stimulant qu’apaisant. On se teste, on se prête de bouts de cerveau, on joue au docteur, j’avance. Ils me poussent dans mes retranchements et je constate que le monde est plus grand que je ne le croyais.

« Nourris-moi », leur dis-je parfois, et je vous jure que c’est purement intellectuel.

Dans l’euphorie, j’accepte de mettre à bas cette minuscule carapace qui me restait, mais oui, cap, bien sûr, fastoche  ! Et là, méga-surprise. O_o Sous ce voile que je croyais léger, il y avait des montagnes de barricades. Ok. Qui se sont mises à tomber comme des dominos, au rythme des éclats de rire.

Acte 2 : Où l’on se jette à l’eau

Automne, repli, absence, réflexion, action. J’essaye de profiter de cette traditionnelle période de parenthèse pour intégrer ce qui ronronne. J’échange moins, je réfléchis plus. J’investigue de fond en comble sur le fonctionnement de mon cerveau, mais juste sous l’angle de la dépression saisonnière bien sûr, what else ? Et puis des petites gouttes d’eau décisives. « Tu es peut-être surefficiente » « … Ouais. » M’entends-je répondre. Google me fait cheminer. « Surefficiente » oui ça va, pour moi c’est l’image du moteur en sur-régime et je crois que je pense trop. Je me mets à lire beaucoup beaucoup de choses. Qui me parlent. Surdouée par contre non ah ah, lol quoi. Haut potentiel, l’expression est séduisante, ça ouvre à plein de possibles. « Zèbre » pas question, je vois ce terme comme un fourre-tout trop Caliméro pour moi, à l’effet Barnum prononcé. Je lis « Apprendre à faire simple quand on est compliqué« , puis un autre livre, tente un forum. Bon, les barricades s’éloignent encore. Ok. S’il fallait une dernière pichenette, sur OkCupid encore, je reçois « Oui bonjour, ton profil m’interpelle, je pense que tu es surdouée. » Mais… WHAT ?! 😀

Téléphone (« test », « je me demande », « éventuelle surdouance » Puis raccrocher rouge de honte, comment ai-je osé dire et même penser ça ? /o\). Premier rendez-vous stressant (« Je viens vous voir à cause d’OkCupid » Oui j’ai vraiment dit ça). Deuxième rendez-vous pour le test, moins stressant bizarrement, plutôt fun. Troisième rendez-vous de restitution. Réception de mon bilan, Des pages de chiffres, tableaux, courbes de gauss et rangs percentiles, qui valident l’hypothèse.

Acte 3 : Le premier jour du reste de ma vie

Pardon pour la formule éculée.

Retour chez moi avec un sourire niais scotché sur mon visage, heureusement je ne voyais personne ce jour-là. Je ne pensais pas que ça me ferait autant d’effet, vraiment. C’était il y a 15 jours et ça farandole encore dans ma tête.

J’aurais pu le savoir il y a très longtemps, mais je ne voulais pas. Mon hypothèse c’est que mon petit Moi avait déjà assez de différence à gérer et n’avait pas besoin de cette étiquette supplémentaire. Je suis contente de ne pas avoir eu à me la trimballer. Mais maintenant c’est différent, et qu’est-ce que c’est bien ! o/ J’ai quand même une chance inouïe :

1) Je fais partie des gens qui pensent « plus fort » qu’une grande partie de la population
2) Je le vis apparemment beaucoup mieux que la grande majorité de ces 2 % d’hyperconnectés ^^

Je crois que les barricades ont bien fini de tomber, mais les petites portes n’ont pas fini de s’ouvrir, je pousse des oh, des ah, c’est fabuleux. Je suis comme une gosse devant ma nouvelle vie. Ça ne change rien, et en même temps ça change tout. Je peux revoir TOUS les recoins de ma vie sous un éclairage nouveau, c’est super excitant, j’ai tout à construire, j’en chialerais de joie. Oui, ça fait ça aussi quand t’as plus de barricades. :-)

Parce que oui, j’aurais dû commencer par là mais plus qu’une question d’intelligence, c’est surtout, vraiment, un mode de fonctionnement, un câblage différent. Qui, si tu sais le manier, peut t’amener assez loin, mais tu peux aussi rester un gros naze toute ta vie. Mieux : tu en as tout à fait le droit. A la base, il y a ce qu’on appelle « pensée en arborescence », synonyme accepté : « C’est le bordel dans ma tête et ça m’épuise« . Une illustration chez Babeth. Et là vous êtes quelques uns (et je sais un peu lesquels) à vous dire « Oui ben rien d’extraordinaire, tout le monde pense comme ça. ». Faut que je vous dise un truc, ça fait bizarre, mais apparemment… Non.

Et cet influx électrique qui fuse dans tous les sens se ressent aussi hors cerveau, c’est tout un système nerveux en surchauffe (sauf mes moto-neurones, quoi. ^^), ce qui crée des hypersensibilités sensorielles et émotionnelles tout aussi fatigantes mais attachantes.  C’est apparemment ce qui rend pas mal de surdoués malheureux, en décalage, mais c’est aussi ce qui met des paillettes dans la vie. Moi en tous cas vous l’aurez compris, j’aime beaucoup. ^^

En 6 mois, même mon corps a changé de régime au passage : je dors comme un bébé (sans somnifères, alors que je ne m’en passais plus depuis 4 ans, 7h de sommeil me suffisent au lieu de 9-10, ce pied !), j’ai perdu 8kg sans savoir pourquoi ni comment, je suis beaucoup moins frileuse (non c’est pas anodin pour moi, et en plus j’aime bien le double sens), et… J’ose encore à peine y croire mais… La dépression hivernale, c’est fini. Je crois que mon cerveau bridé suffoquait littéralement. Maintenant qu’il est correctement nourri et oxygéné, je crois qu’il fera face. Oh avec des petites baisses peut-être, mais plus de cette façon abyssale qui me rongeait la vie. J’ai encore envie de chialer de bonheur, c’est d’un relou ce truc. ^^

Avant le test déjà, j’avais compris LE truc à retenir (du coup je n’avais pas peur que le test dise non : j’avais déjà la clé) : mon cerveau à besoin de ce genre de nourriture. Et moi j’ai besoin de ce genre d’humains. (Quand je regarde les gens qui m’entourent déjà, ça me fait sourire.)

Je ne sais pas exactement ce qui en ressortira mais ça me plaît d’avance. J’ai traversé cette formidable aventure en sautillant et ça continue. Ça répond à des tas de questions que je ne pensais même pas me poser, moi qui croule habituellement sous les questions sans réponses, ça me change et ça fait un bien fou.

Premier changement : être différemment intelligente ne va pas me rendre plus exigeante mais plus indulgente. Envers les autres déjà, parce que mieux comprendre mon fonctionnement, et donc celui des autres facilite infiniment la communication, vraiment. Indulgence avec moi aussi, parce que je m’en suis peut-être fait un peu trop baver, et qu’il serait temps que je me foute la paix. J’ai envie de faire quelque chose de cette chance, je vais me secouer les puces quand il faudra, mais je vais aussi essayer de ne pas me mettre trop de pression. Accepter de décevoir par exemple. Et je voudrais lever vraiment le pied sur le sarcasme. Bon, ça c’est pas gagné. :-)

J’ai l’impression d’être une poulette de batterie qui a vécu une demi-vie tassée et entassée dans un hangar, et qui découvre le bonheur de gambader et voleter à l’air pur. Le pire c’est que la porte était même pas fermée. Mais les poules, c’est rien que des moutons. Enfin je me comprends.

Aparté : En parler ou pas ?

En deux semaines, j’en ai très peu parlé. (Ou plutôt, beaucoup mais à très peu de gens, pardon à eux, ou plutôt à elle ^^) Par manque d’occasion, plus que par volonté. Je suis encore toute newbie dans ce petit monde, je ne sais pas trop ce qui se fait. J’ai l’impression qu’il faut le taire, mais je ne comprends pas trop pourquoi. Pour ne pas avoir l’air prétentieux ? Mais y a pas de quoi se vanter, on y est pour rien et tant qu’on a rien accompli ça n’a rien de valorisant.

Est-ce que c’est culturel-français ? Je veux dire, quelqu’un qui a été doté d’un super corps sera super bien vu, mais quelqu’un qui a un cerveau hors du commun ferait mieux de ne pas trop la ramener ? Mais tant que le premier n’a pas remporté un marathon et le deuxième un prix Nobel, y a pas de raison de rougir ni de honte ni de fierté.

J’ai un corps qui marche beaucoup moins bien que la plupart des gens (euphémisme). Je ne m’en suis jamais sentie diminuée, inférieure à un corps ayant plus de facilités, ni même envieuse. J’ai un cerveau qui marche plutôt mieux que la moyenne, ben pas plus de raison de me comparer. Et tu peux me dire pourquoi je suis en train de me justifier ? Est-ce que je vais bientôt me prendre le poids de préjugés anti tête d’ampoule après le bullshit sur les leçons de vie ?

J’en parle parce que je vis la meilleure de mes 36 premières années. Alors ici au moins, je ne peux pas me taire.

PS : Si c’est tout en bordel dans ta tête, tu as le droit de te poser des questions sur toi, c’est même pas prétentieux. C’est peut-être ça, c’est peut-être pas ça, t’emballe pas, mais c’est vraiment une hypothèse intéressante à creuser, au pire tu ne seras pas moins bon, tu auras toujours appris quelque chose sur toi, c’est jamais perdu. Comme c’est mon sujet chouchou du moment, si tu as des questions ou juste envie d’en parler, n’hésite pas écris-moi.


Edit J+4 : Je ne sais toujours pas si j’ai bien fait d’écrire ça. Toute à mon euphorie d’ouvrir toutes ces petites portes, j’avais besoin de partager, tout, mais je ne suis pas sûre de l’avoir bien fait. Peut-être que si j’avais plus attendu, j’aurais mieux su expliquer ce que ça changeait vraiment pour moi. Je n’ai pas eu de mauvaise réaction, mais j’ai peur que tout ça puisse être mal perçu. Pour accepter de décevoir c’est pas encore ça tavu. Je n’en reparlerai plus ici je pense (?), j’éditerai, modifierai peut-être cet article quand j’aurai avancé / digéré.

Ta mère elle vote Le Pen

La première fois que j’ai entendu parler de Le Pen, on était en 1987. J’avais 7 ans, un superbe cartable papillon et plein de bons points (retrouvés cette semaine justement). On est dans le couloir du CP de Pierre et Marie Curie et ma copine Camille me lance « Et ton père il vote Le Pen ?! Ah ah ah ! »  « Hein, quoi, le peigne ? » (J’avoue qu’aujourd’hui, mon cerveau fait encore parfois clignoter un peigne quand je pense au clan)

Le soir à table je demande « Papa, maman, c’est quoi Le Pen ? ». Mes parents avaient 20 ans en 68, ont fait le Larzac, sont amis avec ce Monsieur, et se sont rencontrés parce qu’ils avaient les mêmes autocollants anti-nucléaires sur leurs deux-chevaux, si ça peut vous donner une idée. Alors on m’a expliqué le vieux borgne au bandeau, qui croit que mes copines Sultan, Senay, Nora et Karima valent moins que moi.

Ah ah, décidemment elle est vraiment trop drôle ma copine Camille ! « Ta mère en slip au Prisunic » c’était déjà pas mal , mais « Ton père il vote Le Pen » c’est tellement improbable que c’est tellement drôle ! Adhérer à ce genre d’idées loufoques ?! Mais personne, jamais ! Ah ah rions !

Voilà, 2015, soir d’élections, ça sera mon principal commentaire.

Je préfère ne pas savoir ce soir ce qu’aura voté mon père.

Camille vit au Portugal et elle a bien raison.

Me demandez pas de voter Chirac une deuxième fois.

 

Bande son : Kent – Tous les mômes

 

 

On va s'aimer (avec des playmobils et un ukulélé)

Suite des événements.

La foule continue à avoir peur de quelques gars tarés et armés.

Nos politiques, différemment tarés et armés (mais pas mal quand même), continuent à nous faire peur

Ils nous brident, nous scrutent, nous recroquevillent, nourrissent le haine, la peur, et créent les conditions pour de nouveaux drames. Etat d’urgence, fermeture des frontières, big brother is watching us et perquisitionne à tours de bras et dans l’abus le plus total, modifie la constitution pour que cette situation de sur-contrôle bien confortable puisse perdurer.

« Oh oui, se pâme la foule frissonnante, merci de nous protéger, serrez plus fort ! »

 

Alors on a repris mes playmobils, sa petite voix et son ukulélé (et nos âmes d’esthètes, ouais), et on revient brailler pour nos idéaux-oh-oh-oh-oooh.

 

 

Les oranges de la colère

 

En janvier j’avais rien pu écrire.

Je sais pas encore bien ce que je vais écrire.

 

Je n’ai ni peur ni colère. Faut dire que je n’ai pas allumé la télé encore, ça aide peut-être. Je n’ai pas d’images sinon celles que je m’en fais. Et elles ne sont pas jolies, ni édulcorées. Depuis 12h je vis ça avec twitter, parce que les infos y sont plus rapides, plus saines, plus intelligentes, et parce que c’est avec ces gens-là que je me sens mieux dans ces moments-là.

 

Je vois la peur, et je la comprends. J’ai tremblé un moment pour quelques uns avant de les voir émettre des signes de vie. Mais la peur ne doit pas durer. Ou bien, d’instinct de survie elle devient empêcheuse de vivre.

Je vois la colère, beaucoup, je la comprends moins. Je ne la juge pas : à chaud, c’est une émotion, ça ne se décide pas, ça débarque et on en fait ce qu’on peut. Mais à long terme, oui, je la juge et la méprise. Je ne supporte plus le cynisme de ceux qui s’y vautrent, méprisant toute autre attitude.

Sur twitter ça défile sec et ça vomit sa bile. Il y a les rageux qui souillent le monde à longueur de vie, qui saisissent l’événement comme du pain (au chocolat) béni pour récupérer le truc, buzzer, se mettre en avant, malheureusement ces gens-là sont souvent « nos » politiques. Et il y a la foule, sous le coup de la colère qui les dénonce, les conspue, les lynche… leur donnant cette visibilité qui les fait bander. Diffusant leur haine dans nos TL et nos cerveaux déjà bien suffisamment abimés par tout ça.

Bref, la colère à chaud ok, mais ne la laissez pas trop traîner, ça fait désordre.

 

Tout ça pour dire, je suis drôlement soulagée de n’éprouver ni haine, ni peur, ni colère. Ça doit tellement les emmerder en face. Je ne suis pas inconsciente, pas bisounours (en fait si, sûrement, mais comme une force, pas comme naïveté), pas détachée. Je suis triste. Hagarde. Je me sens un peu seule. Et j’ai pas vraiment dormi. Mais la colère m’est complètement étrangère. Un peu comme cette idée qui me paraît absurde d’être « en colère contre la maladie ». Hé, c’est pas une vraie personne et on y changera rien, alors ne nous résignons pas à subir nos vies, mais agissons sur ce qu’on peut modifier plutôt que de maudire l’obscurité en tapant du pied. Là c’est pareil, j’ai du mal à les voir comme des vrais gens sur qui ont peut avoir prise, du moins pas moi directement, à mon échelle. Par contre l’état général du monde qui crée leur existence, on peut essayer d’y faire quelque chose.

Je m’accroche aux messages positifs, à tenter de les répandre, c’est comme les bisous magiques, on sait bien que ça guérit rien mais c’est toujours un peu de douceur, et c’est jamais perdu, la douceur.

 

Et il y en a, beaucoup.

 

Sur twitter, pendant que les premiers râlent, crient, désespèrent, d’autres allument des lumignons en créant, dès les premières minutes de l’événement, le hashtag #PorteOuverte. « Ne restez pas dans la rue, c’est trop dangereux, j’habite rue des gentils, j’ai un lit libre et je vous ferai du thé. » « J’ai une pizza, pas de canapé mais tout le monde peut venir, on dormira par terre, c’est mieux que mourir» « Je suis pas dans le quartier mais si ça peut vous éviter de prendre des risques, venez dormir chez moi. » « Ma petite sœur est dans la rue, elle a peur, qui peut l’héberger et la rassurer ? » Twitter a sauvé des vies hier, et il en a adouci beaucoup d’autres. Et m’a collé quelques frissons.

Et puis on a ressorti le hashtag #VoyageAvecMoi, pour proposer des covoitureurs de transports en commun. Pour que tu ne fasses pas le trajet seul demain matin, si tu ne te sens pas en sécurité. On ne se protègera pas des bombes comme ça, mais on peut lutter contre l’isolement et la connerie (et de la connerie tu en prendras plein les dents si tu as le malheur d’avoir le même genre de bronzage que les terroristes, par exemple). «RER B 7h40, chevelu mais gentil. Ne reste pas tout seul si besoin, #VoyageAvecMoi ».

Et rapidement les avis de recherche s’organisent, pour être plus efficace et rassurer plus vite les proches dans l’attente.

Et puis les appels à donner son sang en masse. Tellement relayés que l’EFS est saturé, n’y allez plus, mais gardez votre sang pour y retourner la semaine prochaine, le stock sera éclusé.

Et puis ce type, ma nouvelle idole, qui a ramené un piano à queue, en vélo, pour jouer « Imagine » devant le Bataclan, puis s’en est allé. Best réaction ever.

 

Je vais pas vous dire que j’ai pas peur, mais j’ai pas peur d’eux. J’ai peur de nous, de ce qu’on va en faire, des amalgames, de la méfiance, des regards de travers. De ce qu’ils vont en faire, eux nos politiciens, serrer la vis de la sécurité jusqu’à étouffement de la moindre liberté qu’il nous restait. Peur de nous voir les remercier pour ça. Mais ça c’est pas une angoisse informe, c’est la peur d’un truc concret qu’on peut combattre. Alors combattons. Armons nous sans relâche de nos intelligences et de nos coeurs. Et d’art. Réalisons de grandes choses, peut-être, mais ne négligeons surtout pas les toutes petites. Et plantons des orangers aussi.

 

Bon, je sais toujours pas si j’ai écrit ce que je voulais dire, j’aurais peut-être dû attendre d’avoir une bonne nuit de sommeil dans les pattes.

Je sais plus si je l’ai dit mais je vous aime.

Presque tous. ^^

On va continuer à se marrer, qu’est-ce que tu croyais.

 

 

Saisons

Les sanglots longs de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone…
Tout suffocant et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens
et je pleure

Et je m’en vais au vent mauvais qui m’emporte, deçà delà, pareil à la feuille morte.


Bullshit, Verlaine ! C’est pas vrai, c’est juste magique l’automne !

Non mais attends t’as vu ces couleurs dehors ? Le rouge feu, le jaune doré, la douceur de l’orange intermédiaire. Pendant que luttent encore quelques feuilles vertes, fleurs d’automne, framboises et même guêpes, refusant de tourner la page. Si je ne crie pas WAOUH chaque jour sur les chemins bordés d’arbres, tu peux juste remercier mon fabuleux self-control. Et puis les couleurs passent, le vent les envoie valser et ça fait crounch crounch quand tu marches sur un tapis de feuilles. Reboot, on joue à être morts pour mieux rejaillir au printemps, taille sévère au jardin pour ne garder que l’essentiel, coussinets moelleux de paillis pour protéger du froid. Je ressors aussi ce manteau que j’aimais bien, cette écharpe douce comme pas permis. On s’emballe, on se protège, en hiver on a droit à cet ersatz de carapace. Et puis le feu qui crépite dans les cheminées , les bouillottes, les chocolats chauds et la cannelle. Le radiateur qui me souffle sa chaleur dense, le chat qui ne quitte plus mes genoux pour en profiter aussi. Les courges, les noix, les pommes, les châtaignes grillées (dans la cheminée, combo). Et la lumière rasante. Et la brume. Je t’ai parlé des raclettes, fondues et autres plats roboratifs ? C’est aussi l’idée que Noël approche, réfléchir à tous les aimés pour leur faire plaisir de la façon la plus unique possible. Puis procrastiner et finir par bâcler un truc le 23 décembre, oui, mais en octobre je fourmille d’idées affectueuses.

Mais bon octobre c’est pas seulement joli.
Octobre pour moi c’est les dents sur la glace, la craie sur le tableau.
Les boucles d’oreilles qui frottent l’écharpe à chaque mouvement. Les gens qui n ‘ont pas encore répondu à ton message dans la seconde où tu cliques sur envoyer.. La fourchette que tu fais tomber (Elle est TOMBÉE putain, ça se fait pas de tomber !), la musique, si douce soit-elle, m’irrite profondément (« BRUIT, BRUIT ! » crie mon cerveau.). Le téléphone rajoute son signal strident au brouhaha supposé mélodieux, et je décroche avec une rage folle contre la personne ayant osé déclencher ça. Des gens manquent de jugeotte : ils font du bruit avec leur bouche et monopolisent mon attention pour un contenu qui n’en vaut pas la peine, mais DE QUEL DROIT BORDEL. Des gens brillants me parlent de trucs brillants, je les regarde avec des étoiles dans les yeux qui se transforment en larmes parce que mon cerveau dépassé court, rame, nage puis se noie sans parvenir à les suivre. La musique s’arrête (on est arrivé à la fin de la playlist ET ALORS ? C’EST INTOLERABLE). Il fait chaud, qui est l’imbécile qui a mis le chauffage à fond ? (Moi il y a 5  minutes) Et ce con de chat qui ne veut pas dégager alors que j’ai pas envie de le caresser maintenant ?

J’arrête là la litanie, t’as compris le principe.
La dépression saisonnière s’est repointée (c’est tôt, oui.) et c’est toujours pas un petit blues hivernal connard. Je ne suis pas mélancolique, je suis électrique. Je ne fais pas dans la sensiblerie mais dans l’hyper-sensibilité douloureuse. Luminothérapie, millepertuis, alimentation soignée, et en 10 jours, j’ai bien court-circuité l’affaire, aujourd’hui je vais bien.

Bientôt je vais m’émerveiller des flocons cotonneux, des paysages ciselés de givre, et du crop crop des pas dans la neige.

Et cris de rage parce que tout contact humain me sera devenu intenable, à commencer par moi-même.

Et pleurs d’impuissance parce que l’apathie m’aura engluée.

Ainsi soit-il.

Ou pas.

Tiens tout a changé ce matin, je n'y comprends rien. (futileries égocentrées)

Je crois que ça a commencé il y a une grosse année avec ma pulsion soudaine et saugrenue d’avoir les cheveux bleus. Je n’y avais jamais pensé avant mais là c’était impérieux. Je suis allée acheter les produits (« Laissez tomber, sur une teinture brune ça ne marchera jamais, vous aurez un truc verdâtre, vous perdrez vos cheveux par plaques et un sorcier vaudou pourrira votre famille sur 13 générations » « Ok ben je vais le faire quand même alors. » (Je ne suis pas très famille)). Ça a merveilleusement marché et j’ai aimé ma gueule dans le miroir pour la première fois je crois. Aujourd’hui je suis redevenue noire, et je regrette un peu mon midnight blue. Mais depuis je suis tatouée (pas sur un coup de tête) alors ça va, quand même. Et puis par un dimanche
froid et pluvieux, moi la meuf qui vit en pantalon depuis 35 ans je me suis dit « Tiens si je me commandais une robe ? ». Alors j’en ai commandé trois, comme ça. Et depuis j’ai du mal à mettre autre chose, j’en ai racheté d’autres et je me penche maintenant sur les robes d’hiver. J’ai appris à y coordonner des chaussures, des collants, pffiou que c’est compliqué la futilité.

Un autre jour, j’ai pas eu envie d’allumer la télé. Six mois plus tard, elle prend toujours la poussière et c’est parfait comme ça. Je me suis donc mis à écouter plus de musique, c’était nouveau et divertissant. À la même période, moi la lectrice compulsive, j’ai arrêté. En 6 mois j’ai commencé plein de bouquins et fini aucun. C’est pas faute de continuer routinièrement à me coucher chaque soir avec un bouquin. 9 fois sur 10 je l’ouvre. Une fois sur deux je vais jusqu’à retrouver la bonne page. À tous les coups ça finit en rêverie. Ça ne m’inquiète pas, ça reviendra. Je me couche plus tard, je me lève plus tôt, et ça me va bien. J’ai décidé que j’arrêtais de pas aimer la bière et ça marche pas mal. Idem pour le café, le vin rouge et plein de trucs que j’avais décrété « pas faits pour moi », comme les robes.

La zone de confort, c’est finalement plus chiant que confortable. Alors j’en sors allègrement et ça me file des envies d’escapades encore plus loin. Du parapente ? Ok, je veux, je fais. Ah bon je pourrais faire de la moto ? Ok, donne moi l’adresse.

L’internet est rempli de gens chouettes ? Allons voir ça de plus près. Ça tombe bien, les voyages forment la jeunesse et je commence à rouiller. J’ai donc mis cap à l’est, à l’ouest, au nord, à domicile aussi. J’ai mis plein de visages sur des pixels. Que je connaissais depuis 10 ans ou 10 lignes. Au coin d’un verre ou d’un repas. Ou d’un cimetière. On a rit (beaucoup), pleuré (trop), on a parlé, tremblé, on s’est évanouis (bon ok, juste moi).

Après avoir compris que mon cerveau était mon meilleur allié, j’ai compris qu’il était aussi mon meilleur ennemi, alors j’apprends à le mettre en roues libres. Et je me saoûle maintenant de musique. Je sais, ça paraît banal, mais j’avais pas compris moi ! Je croyais que la musique c’était des couleurs de fond pour accompagner un joli texte et pis c’est tout ! Bordel la révélation ! C’est même pas sensuel c’est carrément sexuel tout ce qui peut se passer sur un morceau ! Certains m’interrogent profondément, d’autres me font rire, non mais je veux dire des trucs sans paroles, ce truc… Oui, voilà, ce truc que j’avais décrété « pas fait pour moi ». Merci cerveau.

Et puis voilà que le Festival de l’Horreur et de la Mort qui Tue vient de mourir, il n’y aura pas de 4ème édition. Tristesse et désolation. Mais en même temps soulagement. Vu ma période de mue, je crois que c’est le parfait moment pour me retrouver inactive et scruter ce que m’apportera le prochain coup de vent.

Je ne me reconnais pas tout le temps, j’assiste à tout ça en me marrant, tout fout le camp et j’aime beaucoup.

Alors écoute, si tu as un truc foufou à me proposer, un boulot improbable, un trek dans la Cordillère des Andes, envie de fabriquer un enfant, de m’initier aux pratiques BDSM ou au raffinement de l’Opéra allemand, profites-en, mon cerveau est dans le coaltar et je réponds souvent fuck yes.

 

Bande son : Qui est cet être humain ? O_o

Inspiration porn et leçons de vie auto-proclamées

Quand Marine m’a signalé sur twitter un « Point leçon de vie », je savais que j’aurais pas dû regarder. (Oui, depuis le round 1, mené par la fille aux craies, les copains sont au top sur la veille « leçon de vie, je les aime) Revenons à ce dimanche anihilé par une consommation boulimico-masochiste de vidéos youtube de leçons de vie auto-proclamées.

« C’est un type sans bras ni jambes » Ah oui, j’ai le souvenir qui m’assaille. Ce mec qui se met en scène (sur scène, vraiment), tombe et ohlala, j’ai pas de bras j’ai pas de jambes mais grâce à l’espoir je me relève. La foule en larmes dans la vidéo, la foule de facebook (handicapés compris) qui partage ad nauseum cette belle leçon de vie, et moi qui vomis proprement dans le petit sac en papier prévu à cet effet.

Dans la vidéo de Marine, le gars est posé sur une petite table à la sortie de la salle, et les gens font la queue pour venir faire un câlin au petit Jésus en pleurant sur son épaule. Hé mec, mais pourquoi tu acceptes de te prostituer comme ça, c’est odieux, comment tu peux être encore entier après ça ?! (c’était peut-être pas l’expression la plus heureuse ça) Nick, y a moyen de faire des câlins beaucoup plus sympas que ceux-là, merde.

 

Pour une fois je réfléchis à la leçon de vie pas seulement du point de vue de ceux qui nous collent cette étiquette, ou du ressenti gerbatif que ça me file, mais j’envisage l’idée saugrenue que certains acceptent ce qualificatif et même le revendiquent. Stupeur et moulinage de neurones, je ne comprends pas. J’ai déjà constaté que tout le monde ne partageait pas ma répulsion, mais je prenais plutôt ça comme un manque de réflexion. C’est pas condescendant, moi-même il y a plein de sujets sur lesquels je suis un peu bébête parce que je n’ai pas suffisamment pris le temps d’y réfléchir. J’y travaille. Mais ce type n’a pas l’air dénué d’intelligence par ailleurs, alors pourquoi ce choix ?

 

J’ai donc creusé un peu plus l’histoire de ce type, et j’y ai découvert – oh surprise – une sacrée dose de bondieuseries. C’est pas fait pour me réconcilier avec la/les religion(s), mais j’y connais rien, quelqu’un peut me raconter la parabole du paralytique, et tout ce bullshit ? C’est juste une histoire de points pour le paradis en fait ?

 

Je me suis rappelée avoir aussi entendu Philippe Croizon s’auto-qualifier de leçon de vie. C’est ce type qui a traversé la manche sans bras ni jambes (oh wait). Pour faire pleurer les foules sur ton épaule menue, une vie métro-boulot-dodo-bière-canapé peut pourtant suffire (souvenir de ce gosse handi qualifié de « leçon de vie à partager » parce qu’il avait fait un tuto jeu vidéo sur youtube -_-), mais non pour ce monsieur il faut encore être un héros, accomplir des miracles (oh wait).

 

Je me sens mal là, alors faisons une saine pause, le temps de reprendre nos esprits. Écoutez plutôt le formidable discours (tellement inspirant, hin hin hin) de Stella Young (sous-titres dispos en français). J’ai rien contre le porno, mais assurez-vous quand même que les acteurs sont consentants (I’M NOT).

 

Bon revenons à cette question existentielle : Pourquoi quand je me sens niée, contrainte, salie par le qualificatif, certains l’accueillent comme un compliment ? Pourquoi ce besoin de rentrer dans cette petite boîte qu’on nous tend ? Parce que se débattre pour en pousser constamment les murs c’est épuisant, peut-être ? Parce qu’on peut  avoir la faiblesse de se dire qu’un câlin de pitié c’est mieux que pas de câlin du tout ? Parce que revendiquer la banalité c’est parfois bien plus exigeant que d’être un modèle ? Est-ce qu’un jour je baisserai la garde et me laisserai aller à être exemplaire comme on l’attend de moi ?

 

Et comme mes contradictions ne me font pas peur, pourquoi le même jour, Michel Delpech au seuil de la mort disant « Parle-leur de moi, dis-leur que j’ai été courageux » m’émeut aux larmes, me donnant envie de lui faire un câlin plein de compassion ?

 

En fait je crois que le courage, c’est pas quand tu es debout qu’il doit être célébré, c’est au moment où tu es à terre.

 

Toi qui es à terre, viens-là que je te fasse un câlin, et laissons les leçons de vie aux victoires surfaites.

 

 

Autopathographie du bonheur

 

Un jour où ça n’allait pas (oui, c’était en hiver , tu connais la chanson), alors que je m’embourbais de lassitudes et de tristesses, l’ami me demande « Mais alors, qu’est ce qui te stimule ? ».

Bon sang mais c’est bien sûr, adieu veaux, vaches, bonheurs, envies, la question cruciale était bien le besoin d’être stimulée. Le mot qui changeait beaucoup.

Alors quand je me prends à m’embourber à nouveau, je me refocalise sur cette question. Enfin quand j’ai le temps, que j’y pense et que les planètes sont alignées en Jupiter, donc pas assez souvent. Cet hiver, éclair de génie, j’ai formalisé ça sous forme de liste en 3 volets. Toi aussi tu trouves que je fais un peu trop de listes en ce moment ?…

 

1) Ce(ux) que j’ai

La formule est importante, pour moi en tous cas, puisque cette liste comporte principalement des gens. Pas forcément ceux qui me sont le plus « proche », pas forcément ceux avec qui j’interagis le plus, mais ceux que j’ai, qui comptent, qui me tirent par la manche, dans le bon sens, me font meilleure, ceux que j’essaye souvent vainement de ne pas négliger. Mais il n’y a pas que des gens, il y a aussi des activités, des thématiques, des sensations, cette liste est bigarrée et joliment longue.

 

2) Ce(ux) qui me manque(nt)

Les pavés dans la mare, les trucs qui te font chouiner que merde, c’est bien trop lourd, que t’y arriveras jamais et que t’es vraiment trop trop trop malheureuse.

La liste n’est pas très longue, alors maintenant que c’est là, noir sur blanc, pourquoi ne pas décortiquer un peu histoire de voir si on ne peut pas alléger quelques points. Ça c’est un gros boulot. Foutrement intéressant.

Je sais pas, imagine que le drame de ta vie c’est que tu voudrais être présidente de la république. Tu peux te donner les moyens de le devenir, mais bon regarde -toi, tu devrais peut-être réfléchir surtout à des moyens de mieux échouer. Au fond pourquoi t’as tellement envie de ça ? Tu veux diriger, gérer ? Commence par gérer une association, être maire de ton village, monte une boîte peut-être. Tu veux être à la vue de tout un pays ? Peut-être que ça te fera le même genre d’effet si tu deviens championne d’échecs ou rock star. C’est le défi intellectuel qui t’excite ? Investis-toi au niveau local, entoure toi de gens stimulants (tiens), échange sur les réseaux, débats, écris des livres… Si tu arrives à réaliser tout ça, peut-être que finalement, l’idée de ne pas être cheffe d’état te fera doucement rigoler. Peut-être même que tu seras arrivée bien plus loin que prévu.

Bon, tu vois le principe, quoi.

 

3) Ce(ux) qui m’encombre(nt)

C’est la liste la plus difficile à mon sens, parce que tu vois bien ce(ux) que tu devrais y mettre, ce(ux) qui te prenne(nt) plus d’énergie que tu n’en reçois … Mais une fois que ça sera écrit, il faudra s’en éloigner et pfff c’est plus dur. Quelques gens, des généralités et surtout des mauvaises habitudes parasites.

 

Ce triptyque a deux atouts.

Déjà le petit 1) fait du bien. On n’en a souvent qu’une conscience diffuse, quand mais on voit tout ce joli patchwork, on se dit que quand même, ça serait moche de ne pas être au moins un petit peu heureux, y a vraiment de quoi.

Et puis maintenant que cette liste est faite, c’est facile de la remettre à jour régulièrement (sans attendre Jupiter). C’était quoi déjà mes objectifs ? Ah mais j’ai avancé en fait. Untel fait son entrée dans la liste, untel est beaucoup plus important que je ne croyais, je le remonte un peu (Non y a pas de palmarès chiffré, mais de vagues priorités apparaissent), ça je ne le pense plus. Un point d’interrogation par ci, une suggestion par là, une découverte. *Place ses petits cailloux et saute jusqu’au ciel*

 

 

 

Heureusement que sous plein d’autres aspects je vis en bordélique le nez au vent parce que tout ça pourrait avoir l’air furieusement control -freak… Oui je suis un peu flippante à tout décortiquer comme ça, j’ai sûrement loupé une belle carrière de médecin-légiste, mais on tricote avec les moyens du bord et les miens ressemblent à ça.

Un autre jour je te raconterai comment je décompose les qualités des uns et des autres pour envisager les recomposer en un homme idéal, déplorant n’être pas plus douée en couture. Mais pas aujourd’hui, aujourd’hui je sens que je te fais peur. <3

 

Bande-son : La petite monnaie (Bénabar)