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Mois : janvier 2016

Et l'insécurité surtout !

Ça me gratouille depuis longtemps cette histoire d’insécurité. J’ai jamais bien compris le concept, où ça commence, où ça s’arrête. La réalité et le fantasme. Le rôle des médias et politiques dans tout ça.

 

Et puis les derniers attentats et ce refrain tout le temps partout. « C’est terrible, on est plus en sécurité nulle part ! ». Ah bon c’est nouveau ? On le découvre ? Ça me rappelle la photo de ce gosse migrant, le visage dans le sable, qui a visiblement fait prendre conscience à certains que oui, même des enfants mouraient. On vous le disait mais il fallait vous le montrer, ok, soit.

Mais on peut être sensés deux minutes et se rappeler que la vie est, a toujours été, et sera toujours précaire ? Les avions ont toujours eu plein de bonnes raisons de mal finir, Les voitures encore plus. Quand le Sida ne tuait pas c’était le choléra. On avait souvent le même métier toute sa vie, oui, mais on mourrait à 45 ans. Les couples duraient toute la vie, oui, mais on choisissait et aimait rarement l’Autre qui partageait notre lit. Les brigands ont précédé les racailles, les nazis ont précédé les terroristes. (Give me my point) La mort et la violence, c’est pas tout à fait des innovations.

Sapristi la vie n’est pas SURE ! Maintenant que c’est dit on ne peut pas essayer de faire avec ?

 

Je vais m’arrêter avant d’avoir l’air de juger ou mépriser ceux qui ont peur, ceux qui le découvrent, loin de moi ce propos.

 

Moi j’ai toujours pas peur.

L’hypothèse un peu trop facile c’est que quand on a une santé vacillante, on a la chance de grandir avec cette conscience aiguë de l’impermanence des choses. On sait que la liberté ça se gagne avant tout dans la tête, on profite mieux de chaque instant, parce qu’on sait que même des enfants meurent et que des fois la vie se fout bien de notre gueule. (Ça ne se voit pas encore mais je suis en train de vous souhaiter une bonne année, là, tenez bon on va y venir. ^^)

Mouais. Je crois que ça n’est qu’un infime facteur.

Je crois plutôt que la sécurité, peu importe les événements, c’est un truc en nous, qui se construit depuis tout petit mais aussi tout au long de la vie. C’est un maillage plus ou moins solide, plus ou moins serré, qui fait que si tu tombes, tu sais sur qui et sur quoi tu pourras compter pour amortir ta chute, embrasser tes bobos, te relever. Et la matière première de ce filet de sécurité c’est avant tout de l’humain, des parents qui ne merdent pas trop, un frère qui fait le guignol, mais aussi un instit, des copains, et quiconque croise nos routes avec un peu d’intérêt. Ça peut reposer sur peu de piliers, parce qu’à partir de ça c’est à nous de prendre le relais en sécrétant nos propres brins de soie. Des passions, des idées, de l’amour. On mutualise aussi nos toiles.

J’ai cette chance.

 

Il n’y a pas de vœu qui m’agace plus que « Et la santé surtout ! Parce que quand on la perd on a plus rien ! ».

 

Je vous souhaite de savoir perdre la santé, l’argent, et peut-être même des gens aimés, en tombant sur un maillage de soie.

Je ne vous souhaite pas de ne pas chuter, je vous souhaite de rebondir.

Je vous souhaite d’affronter l’insécurité , l’impermanence, le risque, l’incertitude, la perte, et de réussir à en faire du beau.

Parce que c’est dans les parenthèses, les ellipses, les silences qu’on a l’occasion de grandir. Pas pendant qu’on se tasse sur nos peurs. Ne vous retournez pas, mais vous êtes suivi, quelqu’un sera là pour bécoter vos bobos. C’est dans les interstices que se chuchote l’éblouissant, que se tricote l’incongru, que s’apprend l’improbable.

 

Allez, on s’aime et on se met au tricot.

Bonne année, bonne santé. Et l’insécurité, surtout.