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Les sains valentins

Ces derniers mois, beaucoup, souvent : « Ah t’es polyamoureux ? Pas moi, je ne crois pas craindre l’engagement, l’exclusivité, la routine, ça me va… mais je suis curieuse, tu m’en parles ? ».

La curiosité, c’est vraiment le bien.

Alors en cette période de saint Valentin toute focalisée sur un schéma unique, à toi lecteur que j’aime un peu / beaucoup / comme une dingue, je vais t’offrir une occasion de réflexion. Je pose quelques trucs en vrac, il y a dans ce texte des liens-à-la-con et d’autres un peu plus intéressants, et si tu es curieux, tu sauras bien tirer les fils qui t’emmèneront au pays des bisounours. T’es prévenu.

Rien de plus rien de moins, je ne vais pas te dire contre qui tu dois coller ton coeur, ta tête ou tes organes génitaux, pas plus que je ne te dirai ce que je fais des miens, rêve pas. Oui je sais, je t’invite à être curieux et puis bam, rideau. Je te propose qu’on s’excite les neurones, c’est déjà bien hein.

Disclaimer : Si mes interlocuteurs m’ont paru particulièrement intelligents, tolérants et bien dans leurs baskets, un biais de sélection n’est absolument pas à exclure. Mais t’as qu’à t’entourer de gens chouettes aussi, envoie-moi paître ces branques.

Voilà les trucs basiques mais lumineux qui ont découlé pour moi. Partant du polyamour, mais aux implications beaucoup plus plus larges, pouvant parler aussi aux plus monogames, à prendre comme une simple boîte à outils.

Polyamour : c’est un mot plutôt naze, pas très évocateur de la réalité. (J’en connais par exemple pour qui l’amour courtois n’implique pas toujours d’être poli) (poumpoumtsh) Plusieurs amoureux/ses en même temps ? Oui, ou du moins cette possibilité, mais ça ne dit pas grand-chose d’intéressant, parce que ça n’est vraiment pas unilatéralement « J’écoute mes pulsions, je fais ce que je veux », sauf si on est un connard bien sûr.

Ce qui est intéressant c’est qu’on a pas l’habitude de voir les choses comme ça, parce que du coup on se pose de nouvelles questions. Ça, j’aimerais bien. Ça oui, je pourrais accepter. Ça par contre, je ne crois pas. Et toi ? Il n’y a pas une seule obligation, sinon se questionner et s’écouter. Toutes les limites sont entendables. Une fois que tout à été mis sur la table, il n’est pas question de les dépasser sans en rediscuter, ou alors il y a tromperie (oui, on peut être polyamoureux, très libre, et tromper). Je suis assez sensible au côté DIY de la relation, aux infinies ajustabilités. (Démonter un grille-pain pour comprendre comment il fonctionne et pouvoir le réparer si besoin, ça donne plus de saveur aux toasts non ?)

Mono- ou poly-, ou en amitié, ou au boulot, ou en famille, on se questionne quand sur nos besoins, nos attentes, nos limites, et surtout quand ose-t-on les DIRE ?! On suppose, on pense, on postule que, sûrement que l’autre… Et on se plante tellement.

Le poly, souvent en équilibre, est je crois poussé à communiquer mieux. Dire mieux, et entendre mieux. Se remettre en question souvent, c’est fatigant oui, mais je vous ai dit dans l’article précédent ce que je pensais de l’insécurité.

Et la jalousie ?

Ouais, viens on se remet encore en question ! o/

La jalousie c’est nul, ça fait du mal. Aux polyamoureux aussi, des fois, ben oui. À l’objet de la jalousie autant qu’au jaloux. (La jalousie comme preuve d’amour, gros gros boulet à déconstruire quand même. Si ça fait mal, pose toi des questions.)

On peut se dire que pour éviter de souffrir il faut éviter les situations où elle risque de surgir (mais c’est un truc à tout s’interdire et à vivre cloîtré dans le noir, bof). Ou alors décortiquer un peu les racines du mal pour essayer de le dompter.

Si on déconstruit, quitte à louer un bulldozer autant voir large. T’étais jalouse quand ton frère est né, t’étais jaloux quand Rodolphe a eu 19 et toi 18, t’étais jalouse quand il a invité Laurianne plutôt que toi, sans parler de ton voisin qui gagne au loto, ta copine qui décroche un super boulot, bon t’as compris le principe. Et ton meilleur pote qui fait des trucs supers sans t’inviter ? Tu as peur de le perdre, qu’il t’aime moins ?

Saines lectures : Démembrer la pieuvre à 8 pattes Partie 1Partie 2

Oui mais quand même, tu peux pas comparer l’amour et l’amitié. Pourquoi ? Parce que c’est pas pareil !

Parce que si on décrète que c’est un peu pareil, on perd encore des repères, et c’est l’insécurité qui nous guette. (o/ o/ o/) C’est vrai que c’est étrange de voir ça comme ça. Mais si tu savais comme c’est libérateur et qu’après, l’humain paraît tellement plus entier, abordable, humain.

« Anarchie relationnelle », en plus ça nous rappelle un peu comme quand on était jeunes et rebelles. :-)

Ça veut dire qu’on peut nouer une relation sans chercher à la catégoriser. Qu’on peut aimer plus ou moins quelqu’un, que ça peut varier dans le temps, et que les modalités de l’attachement sont celles que vous voudrez. De l’amour sans sexe, du sexe sans amour, de l’amour amical, une amitié amoureuse, du sexe entre amis, si tout le monde est au clair avec ça, et à l’écoute l’un de l’autre, sincèrement foutons nous la paix.

Ça veut dire aussi qu’idéalement, le moment que tu passeras avec ton amoureux fou, celui que tu passera avec ton ami d’enfance, et celui que tu passeras avec cette inconnue très chouette méritent la même intensité, la même attention, même si les modalités sont différentes.

Sortir des cases, repousser un peu l’horizon. L’amour et l’amitié comme un continuum, mais pas en terme de moins et plus. Ne plus se sentir en compétition.

Corollaire à tout ça : l’escalator relationnel.

Ce truc ancré-rouillé dans les esprits qui te dit que quand tu poses un pied sur l’escalator relationnel avec ton amoureux/se, s tu es engagé dans un processus mécanique à sens unique qui te sussure que cette relation doit te mener à quelque chose (Bisous < Sexe < Présentation officielle < Installation ensemble < Mariage < Enfants…) « Avec lui tu n’iras nulle part ». Ben et si on est bien où on est ? Parce que, si ce schéma marche pour certains, il pèse un max sur les épaules de ceux qui sortent de ces rouages parce qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas de certaines de ces marches. Une stagnation n’est pas forcément un échec, un retour en arrière n’est pas forcément une régression.

Je ne crois pas que ce texte existe en français, c’est dommage l’image est assez parlante.

Tout ça va aussi de pair avec une jolie attitude sexe-positive. Pardon, j’ai pas totalement creusé, je balance peut-être un concept trop gros pour moi.  Ce que ça veut dire pour moi c’est qu’il reste encore un tas d’héritage sexe-négatif plus ou moins conscient, d’un truc sale, honteux, à part, et en mode rapport de force, qu’on ne doit « accorder » qu’avec des pincettes et en baissant un peu les yeux. Ça n’est pas pour autant « youhou noyons nos vies de stupre », loin d’être un pilier obligatoire.  Simplement, à nous de nous réapproprier ça sur un mode sain et déculpabilisé. Du moment qu’il est safe et librement consenti, il ne doit s’agir que de se faire plaisir, de la façon qu’on veut sans relation de pouvoir entre les individus. Se sortir de l’esprit que l’autre cherche à nous extorquer quelque chose quand on est deux à prendre du plaisir. Le sortir de l’escalator relationnel, enfin bref, tous ces sujets s’interpénètrent et ils ont BIEN RAISON. 😀

(Là aussi c’est plus parlant chez les anglophones, ici on associe ça au féminisme pro-sexe je crois, qui est aussi intéressant mais différent à mon sens puisqu’il parle de la réapproriation du sexe par les femmes et minorités, en vue de reprendre du pouvoir, sans sortir ça d’un rapport de forces, donc)

Voilà.

Encore une fois, je ne prosélyte rien du tout (n’étant moi-même pas grand chose) sinon le bonheur et la liberté de mener sa barque au mieux, en fonction de ce qu’on est, de ce qu’on peut, et pas en fonction de ce qu’on attend de nous.

Comme je trouve que tous ces petits cailloux là apportent un peu plus d’amour, de sérénité et de respect, je voulais juste poser ça là et vous souhaiter de sains valentins.

Et quand on est au clair avec ses problèmes de relations, le fait qu’on ait zéro, un, deux ou trouze partenaires devient vraiment très très anecdotique, y a absolument pas à en débattre.

Mais si tu veux aller plus loin sur les amours multiples (t’es pas un peu CURIEUX/SE toi, dis moi ? <3) tu peux éventuellement poursuivre sur

Les fesses de la crémière (C’est là que j’ai commencé à trier « Ça oui, ça non… »)

La salope éthique (Avec une partie coloriages et exercices pratiques. Bon en fait y a pas de coloriages, non)

Contre l’amour, « Que ta solitude soit accueillante aux tendresses (N’ayez pas peur du titre hein. Une première partie argumentaire, et une deuxième partie plus ludique sous forme de dialogue ventre et cerveau, alias le coeur et la raison, que vous pouvez lire séparément)

polyamour.info (Mais là vous arrivez vraiment chez les bisounours, faut être prêt, moi j’y suis pas. Mais c’est plein de saines lectures quand même.)

(Et si vous avez de meilleurs liens à me souffler, je prends hein, je suis très newbie et consciente de balancer des trucs niveau zéro. Je mettrai à jour au fil du temps.)  )

Published inVrac

2 Comments

  1. 😀 C’est bien réjouissant tout ça, peut-être qu’à force plus de gens finiront par comprendre comment c’est possible et que oui pourquoi pas…
    Mais à l’heure actuelle, on en est loin.

    • Voilà, mon seul propos est celui là : c’est une possibilité, acceptons d’y réfléchir sans se braquer. Quelle que soit la suite, ça fait toujours du bien. :-)

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