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Saisons

Les sanglots longs de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone…
Tout suffocant et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens
et je pleure

Et je m’en vais au vent mauvais qui m’emporte, deçà delà, pareil à la feuille morte.


Bullshit, Verlaine ! C’est pas vrai, c’est juste magique l’automne !

Non mais attends t’as vu ces couleurs dehors ? Le rouge feu, le jaune doré, la douceur de l’orange intermédiaire. Pendant que luttent encore quelques feuilles vertes, fleurs d’automne, framboises et même guêpes, refusant de tourner la page. Si je ne crie pas WAOUH chaque jour sur les chemins bordés d’arbres, tu peux juste remercier mon fabuleux self-control. Et puis les couleurs passent, le vent les envoie valser et ça fait crounch crounch quand tu marches sur un tapis de feuilles. Reboot, on joue à être morts pour mieux rejaillir au printemps, taille sévère au jardin pour ne garder que l’essentiel, coussinets moelleux de paillis pour protéger du froid. Je ressors aussi ce manteau que j’aimais bien, cette écharpe douce comme pas permis. On s’emballe, on se protège, en hiver on a droit à cet ersatz de carapace. Et puis le feu qui crépite dans les cheminées , les bouillottes, les chocolats chauds et la cannelle. Le radiateur qui me souffle sa chaleur dense, le chat qui ne quitte plus mes genoux pour en profiter aussi. Les courges, les noix, les pommes, les châtaignes grillées (dans la cheminée, combo). Et la lumière rasante. Et la brume. Je t’ai parlé des raclettes, fondues et autres plats roboratifs ? C’est aussi l’idée que Noël approche, réfléchir à tous les aimés pour leur faire plaisir de la façon la plus unique possible. Puis procrastiner et finir par bâcler un truc le 23 décembre, oui, mais en octobre je fourmille d’idées affectueuses.

Mais bon octobre c’est pas seulement joli.
Octobre pour moi c’est les dents sur la glace, la craie sur le tableau.
Les boucles d’oreilles qui frottent l’écharpe à chaque mouvement. Les gens qui n ‘ont pas encore répondu à ton message dans la seconde où tu cliques sur envoyer.. La fourchette que tu fais tomber (Elle est TOMBÉE putain, ça se fait pas de tomber !), la musique, si douce soit-elle, m’irrite profondément (“BRUIT, BRUIT !” crie mon cerveau.). Le téléphone rajoute son signal strident au brouhaha supposé mélodieux, et je décroche avec une rage folle contre la personne ayant osé déclencher ça. Des gens manquent de jugeotte : ils font du bruit avec leur bouche et monopolisent mon attention pour un contenu qui n’en vaut pas la peine, mais DE QUEL DROIT BORDEL. Des gens brillants me parlent de trucs brillants, je les regarde avec des étoiles dans les yeux qui se transforment en larmes parce que mon cerveau dépassé court, rame, nage puis se noie sans parvenir à les suivre. La musique s’arrête (on est arrivé à la fin de la playlist ET ALORS ? C’EST INTOLERABLE). Il fait chaud, qui est l’imbécile qui a mis le chauffage à fond ? (Moi il y a 5  minutes) Et ce con de chat qui ne veut pas dégager alors que j’ai pas envie de le caresser maintenant ?

J’arrête là la litanie, t’as compris le principe.
La dépression saisonnière s’est repointée (c’est tôt, oui.) et c’est toujours pas un petit blues hivernal connard. Je ne suis pas mélancolique, je suis électrique. Je ne fais pas dans la sensiblerie mais dans l’hyper-sensibilité douloureuse. Luminothérapie, millepertuis, alimentation soignée, et en 10 jours, j’ai bien court-circuité l’affaire, aujourd’hui je vais bien.

Bientôt je vais m’émerveiller des flocons cotonneux, des paysages ciselés de givre, et du crop crop des pas dans la neige.

Et cris de rage parce que tout contact humain me sera devenu intenable, à commencer par moi-même.

Et pleurs d’impuissance parce que l’apathie m’aura engluée.

Ainsi soit-il.

Ou pas.

Published inVrac

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