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Hiver et damnation 4 : béquilles

 

Si j’arrive à accepter les vagues comme ça, sans trop culpabiliser, c’est aussi parce que je n’ai pas l’impression de rester les bras ballants, je fais tout ce que je peux pour surnager. (Des fois je me sens un peu comme ces gens qui exigent qu’on soigne leur rhume pour en guérir tout de suiiiite… :-/)
L’essentiel est clairement de corriger la source du problème : le manque de lumière. Mais si ça ne suffit pas, il reste quelques armes à dégainer :

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1) Chimiques

Naturelles ou pas, ça reste de la chimie, des molécules actives sur le cerveau.
On peut prendre des anti-dépresseurs, puisque c’est bien une dépression.

– Prozac etc.

On parle d’ISRS : inhibiteurs de recapture de sérotonine. En gros, il font en sorte que le faible stock de sérotonine disponible soit utilisable et pas gaspillé. Le problème de ces produits, c’est qu’il faut plusieurs semaines pour que ça soit efficace, et plusieurs semaines pour s’en débarrasser dégressivement. Pour un SAD de 4-6 mois tous les ans, ça n’est pas très approprié, et ça pourrait nécessiter de le prendre en continu toute l’année. Avec le chapelet d’effets indésirables et le risque d’accoutumance. Mais hé : je n’y connais rien en pharmaco hein, de toutes façons ça ne se gère qu’avec un médecin ces choses-là.
J’ai la chance de pouvoir m’en passer, mais quand il faut, il faut, hein.

– Plus doux : millepertuis.

Plus doux parce que : moins de dépendance, moins d’effets indésirables. Action plus rapide aussi.
Mais attention hein, c’est pas parce que c’est naturel et que ça se trouve en magasin bio (et que je dis que c’est doux, mea culpa :-/) que c’est anodin ! Ça peut interagir avec d’autres médicaments, comme la pilule et trucs importants, ne jouez pas avec ça, et demandez conseil à un doc.
Je ne suis pas sûre qu’on connaisse bien ce mécanisme. Frustrant. :-/
Moi j’en prends. Pas toujours, certains hivers, juste quelques semaines, et oui je trouve ça très efficace. Légèreté et pétillance reviennent assez vite, aucun mal à arrêter au printemps. (Je ne sais pas pourquoi j’essaye quand même d’en prendre le moins possible… Fierté imbécile sans doute.)

– Autre molécule : Griffonia.

Contrairement aux premiers, plutôt que de gérer les faibles stocks de sérotonine, le griffonia permettrait de booster directement la production de sérotonine. Parce que cette plante contient du 5HTP, matériel de base de sa synthèse.
Ça paraît sensé et efficace. Mais je n’ai pas encore tenté, cet hiver peut-être.

2) Professionnelle

Un psy -chologue, ou -chiatre, à condition de trouver la personne qui nous convient. Ça va sans dire, ça peut aider.
Moi j’ai pas trouvé, alors je m’aide moi-même. J’ai la chance d’aller bien et d’être équilibrée (si, si un peu) en dehors de ce problème. D’avoir l’entourage et les ressources en moi pour me bricoler un mieux-être DIY.
Les quelques psys que j’ai pu voir m’ont dit « Vous vous analysez très bien mademoiselle, qu’est-ce que vous voudriez que je vous dise de plus ? » Ben euh, je sais pas, c’est pas votre job de trouver ? Enfin j’aurais aimé trouver quelqu’un qui aurait su m’aider à gérer concrètement certains aspects. Idéalement un psychiatre qui connaîtrait bien la dépression saisonnière, mais je ne sais même pas si ça existe.
Bref, si vous trouvez, ne crachez pas dessus (c’est pas poli).

3) Ce qui fait du bien

Disclaimer : C’est probablement le moins important, ou le moins généralisable. C’est surtout la perche tendue aux insupportables conseils bien à côté de la plaque « Dépression ? Mais non tu devrais courir / faire du yoga / manger du poisson / te prendre en main ! ». Alors NON. Une dépression ça se soigne. Avant tout. Cf les chapitres précédents.
Il se trouve que moi, control freak de la pire espèce, pour supporter j’ai absolument besoin de FAIRE, de me donner l’impression d’avoir prise sur les choses, de ne pas perdre une miette de chance d’accélérer la remontée. C’est pas forcément mieux, c’est juste comme je suis.

Alors qu’est-ce qu’on fait quand ça va pas ? On remplit le temps comment ?
On fait des trucs qui nous font du bien. Si ça nous plaît c’est bien, ça suffit. Moi j’aime bien me faire plaisir gratuitement, mais j’aime bien savoir qu’en plus, ça « agit ». Dans plein de domaines.

1)  A table.

200On peut se faire du bien en mangeant des trucs qu’on aime. Parce que l’hiver c’est quand même la période bénie des plats roboratifs (il n’est pas très appétissant, mais j’aime tellement ce mot), raclettes, tartiflettes, fondues, choucroutes… Chocolats chauds, chocolats tout court, vin chaud, cannelle, et l’apothéose d ‘huîtres, saumon et foie gras si on a de la chance et qu’on arrive à étouffer notre conscience écolo-veggie. (Je plaide délicieusement coupable).
Bref.
La dépression saisonnière s’accompagne souvent d’hyperphagie : on mange plus, et surtout du sucré. C’est pas mon cas, je ne vois pas de changement (j’aime manger, ni plus ni moins).

A l’origine de la sérotonine, il y a le tryptophane, qu’on puise dans l’alimentation. Je vous la fais courte (#CTB?) mais le plus efficace serait d’associer les aliments riches en tryptophane à un apport en glucides. D’où les fringales sucrées, hé ouais, le corps est souvent bien foutu ! (Si tu voyais le mien !)
Éviter de l’associer à un aliment très protéiné, qui va entraîner d’autres éléments concurrents.
Il n’est pas impossible que je raconte des bêtises, alors je vais m’arrêter là. N’empêche que j’aime bien jouer à composer tout ça, et avoir l’impression de me faire doublement du bien. Il faudrait que je me fasse un recueil sérieux d’aliments et menus trypto-tops, tiens.

Ça, et puis veiller bien sûr à manger super équilibré et plutôt sain, vu que je ne maîtrise pas toute l’alchimie de la formule, autant ratisser large.

Ah, et je me suis noté quelque part, en gras et double souligné : PAS. D’ALCOOL.
Je n’ai pas compris exactement pourquoi (est-ce le foie qui sur-consomme quelque chose?) mais la pratique est implacable : ça fait du bien 1/2h, puis ça m’enfonce pour 4/5h. Pas rentable du tout.
Alors si en été, je jouis d’un whisky joyeux plus ou moins quotidien , en hiver je m’abstiens sagement, sauf occasions sociales modérées.

Spontanément, je suis très thé en été, et très café en hiver. En bien figurez-vous que le café aurait un effet positif (limité, à court terme) sur la production de sérotonine.
Quand je vous dis que je suis bien foutue !

2) Activités cools qui en plus font du bien.

La méditation bien sûr. Il y a maintenant suffisamment d’études démontrant son impact concret sur le cerveau. Niveaux d’hormones et structure des neurones, stimulés, enrichis. Ça n’est pas de refus.
C’est un entraînement, ça ne s’improvise pas (enfin moi j’ai eu tellement de mal à comprendre), alors mieux vaut s’y atteler en été, quand on a encore l’esprit alerte.

La musique. Les bénéfices d’écouter Miossec ou Barbara quand on est tout gris sont très discutables (mais je les aime tellement), mais la musique c’est plus que ça. C’est aussi plus vif, plus léger, intense, vibrant, bref, sensoriellement et cérébralement intéressant.
Jouer de la musique semble avoir un effet bœuf (lol) sur les circuits cérébraux. Mais rassurons-nous, doigts gourds, l’écouter marche aussi pas mal.
À chacun de tester les musiques qu’il aime, mais surtout qui font résonner des trucs là-haut. Moi ce qui me gratouille le cerveau c’est les chants grégoriens (oui je sais, moi aussi ça m’a beaucoup fait rire de découvrir ça), la musique klezmer, souvent des cuivres un peu vibrants/chuintants. Du classique. Oh, et l’opéra, ça aussi ça m’a surprise. Bref, c’est ma petite musique d’hiver, quand je veux me décoller un peu les dendrites.

trump-executive-order-memes-1-58919d2ad509c__605Pratiquer quelque chose de créatif, artistique ou manuel. Pas besoin d’avoir du talent pour ça, on se fout du résultat, il s’agit juste de dériver le cerveau sur une tâche à la fois libre et mécanique. Moi par exemple, mon truc c’est l’écrit, mais pour l’hiver ça reste trop « cérébral » pour mon esprit englué. Je suis nulle en dessin, mais j’en découvre en ce moment l’effet super déstressant  de cette activité. Faire des traits, de ci-delà, voir que des fois ça ressemble à quelque chose, s’en amuser, y mettre de la couleur pour faire joli, rien de plus. (Si ça vous semble déjà trop compliqué / décourageant, il y a plein de cahiers de coloriages pour adultes) Et ça marche pareil pour plein d’activités manuelles, je suppose, du tricot à la menuiserie. Au passage, découvrir des outils, des techniques (numériques pour ma part), et puis finalement progresser. Apprendre, c’est toujours signe que des connexions se font là-haut, ça bouge, c’est bien.

Apprendre, c’est bien. L’apprentissage des langues fait particulièrement bien pétiller les neurones. Ça tombe bien j’adore ça (même si c’est pour oublier très vite après). Mais encore une fois, avec un cerveau boîteux, au plus bas de l’hiver, difficile de se concentrer.

Alors jouer ? Je peux tomber assez vite accro à des jeux mécaniques comme Candy Crush, les puzzles. Ou le hanjie, quelle drogue. Ça fait sûrement un truc à mon cerveau. Un peu trop à mon goût, j’aime pas ce côté hypnotique bouffe-temps. En ce moment je joue un peu (trop) compulsivement aux échecs. Je suis curieuse de voir comment j’y arriverai en hiver, mais peut-être que ce mélange entre automatismes et réflexion logique peut entrer dans ma fenêtre d’action. Et être reposant tout en restant un peu plus intelligent, stimulant.

Vous me pardonnerez j’espère, de passer rapidement sur les bienfaits cérébraux du sport. J’en suis convaincue, et j’aurais grande envie de courir, me défouler physiquement dans ces moments-là. Faites-le donc et dehors, histoire de prendre la lumière plein les mirettes au passage.

Ah, puisqu’on parle de décharge par le corps, je dois vous avouer que, oui, je me suis documentée sur les effets concrets de l’orgasme sur le cerveau. Évidemment, qu’on a pas besoin de prétexte pour ça. Mais savoir ce shoot de dopamine, ocytocine, endorphines, sérotonine rajoute un peu de plaisir intellectuel au plaisir des sens. On ne se refait pas. C’est pas futile, c’est pour notre bien !

Sans aller jusque là, le cerveau réagit aussi très bien aux bisous, aux « hugs », simples câlins avec un humain ou un animal, ou aux massages.
Le problème pour tout ça, c’est que ça implique un contact humain, une tension sociale qu’on a pas forcément la force de gérer. Alors si vous avez un humain proche disposé à partager ce genre de moments avec vous sans avoir une montagne d’efforts sociaux à déployer, profitez-en.
Sinon, caressez votre chat ou votre chatte, ça marche aussi très bien.
(Je vous avais bien dit que ça serait mieux que doctissimo.)

Et si tout ça c’était du bullshit, si tout ça ne modifiait rien dans le cerveau mais n’était qu’effet placebo ? Et bien c’est parfait puisque l’effet placebo lui-même EST physiquement mesurable et capable de modifier la chimie du cerveau ! 😀 Cherchez pas, j’ai pensé à tout.

Pour le moindre, infime % d’amélioration, ça aura valu le coup. Parce que tout est bon à prendre et puis il faut reconnaître que le protocole est bien doux à suivre.

Allez, toi, bon hiver.  Ça va aller, ça reviendra.

giphy

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One Comment

  1. Babbel Babbel

    Merci pour cette série d’articles, Céline! Je sens que la grisaille est entrain de me tomber dessus, et je crois que certains de tes conseils pourraient vraiment me faire du bien :)

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