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La ligne jaune : ça me vexe.

Petite brève handicap. Mais en musique. Mais han c’est compliqué aussi, ils sont jamais contents ces handis. Vous êtes prévenus.

Hier j’étais au concert de Mademoiselle K. Ohlala qu’elle est choupinette cette meuf, mais c’est pas le propos.

J’arrive assez tôt mais ça va, on se bouscule pas à L’Autre Canal, toute petite salle, maximum 350 personnes debout.
Je passe la porte et un vigile me dit « On vous a mis une place ». Ok merci. Vu la taille, c’est de toute façon pas dur d’être bien placé. Je vais me mettre devant, pour n’avoir personne devant moi. Je suis assise, mais mon fauteuil est équipé d’une fonction lift qui me permet de monter à hauteur d’humain debout. Mais c’est toujours mieux.

Devant la scène, il y a une quinzaine de personnes qui me feraient facilement une place, et sur le côté, une zone délimitée par de grosses barrières de chantier en plastique jaune. Je pouffe, c’est ça la place qu’ils m’ont réservée ? Mais attends ils ne font pas les choses à moitié, il y a bien 10m2, le public va me détester ! Un vigile me confirme, c’est par ici.
C’est pas nécessaire (je suis déjà venue dans cette salle en liberté) mais allez, ça me fait marrer, je veux pas le vexer, je passe de ce côté de la ligne jaune en ricanant. Au moins je serai à l’aise, et la vue sera dégagée pour prendre des photos, accoudée sur la scène.

« O-oh… » me signale mon auxiliaire.
Bien sûr. Ils n’avaient pas vu si large sans bonne raison, comment j’ai pu être aussi naïve ? Je partis seule, nous arrivâmes 10 fauteuils bien tassés dans l’enclos jaune. Petits petits petits. J’étouffe. (Hé oh c’est quand qu’on sort ? Je voudrais jouer dehors…)

J’étais toujours bien placée, vue dégagée, mais crispée jusqu’aux os. Je suis handiphobe, je suis validiste, je vais (presque) vous épargner mes horribles pensées. Mais l’ambiance autour de moi c’était distribution de verres d’eau par les éducateurs (parce que oui, c’était la sortie d’un centre, évidemment) (et un handi ça se déshydrate vite apparemment), et cris et coups de pieds, et caresses non sollicitées. On m’a un peu tiré les cheveux, aussi, mais pas longtemps, ils l’ont sorti de la salle finalement.

Aoum…

IMG_20171115_221352J’ai fait une bulle autour de moi, j’ai serré les dents, et je me suis concentrée sur ce qui se passait sur la scène.  J’y suis allée toute seule, hier, je n’avais que ma propre détresse à gérer, ça va, tranquille. (En vérité j’ai l’dos qui tremble de porter toute ma rage) Mais je vous laisse un peu envisager d’autres cas de figure.

– J’y vais avec 2 potes. Et mon auxiliaire, donc. Ah oui parce que dans un enclos à handis il y a des règles de bienséances intraitables : un handi peut se faire accompagner d’UN valide. J’emmène qui ? J’ai besoin de mon auxiliaire a priori. Bon ben du coup autant aller au concert toute seule, hein.
Ou alors je laisse mon auxiliaire s’éloigner, et un pote m’accompagne, devant exceptionnellement m’aider si besoin ? Folle ambiance dans l’enclos, et folle ambiance pour l’autre pote resté tout seul. Et mon auxiliaire ? Je leur demande d’avoir un minimum d’interaction avec mon entourage, c’est pas pour qu’elles passent une soirée concert avec un de mes amis…

– Imagine un date, un rencard, une histoire débutante. Il est pas super à l’aise avec le handicap, alors tu prends sur toi de dédramatiser, de le détendre, de proposer des trucs cools. Tiens ça te dirait un petit concert bien rock n’roll et sexy ? Et bam, l’enclos à bestiaux. La cour des miracles, ça bave, ça crie. Bien joué bébé, ça va bien le détendre ça. Sexy en diable. On va bien rire aussi quand les branques vont lui demander « Je peux voir son sac ? Elle a besoin de quelque chose ? Vous pouvez plutôt la mettre là ? » Comme s’il était mon référent, comme s’il sortait son handi de compagnie pour l’aérer un peu. Pourvu qu’il ait de l’humour…

Je râle, je râle, mais je propose quoi ?

Ok, un fauteuil sans lift, dans la foule, c’est parfos le risque de ne rien voir du tout. Ok, quand les salles nous juchent sur une estrade, on a une super vue. Et ok, si on se débrouille bien, on peut peut-être gruger un verre d’eau gratuit.

Ok, les salles ont des normes de sécurité multiples à gérer.

Mais on peut essayer de penser qu’un concert c’est pas juste du son et de l’image, mais un peu de convivialité aussi ?

Hier, si j’avais choisi de franchir la ligne jaune, d’aller côté valides (Moi la fille la plus décadente) je crois que ça serait passé . Mais c’est pas toujours le cas, certains tiennent vraiment à nous parquer, NON, vous c’est LÀ. Concert en plein air dans un grand parc un jour, j’ai du me barrer en courant pendant que le molosse regardait ailleurs pour qu’il ne me rattrape pas.

Dans la foule moi j’ai jamais eu trop de problème. Même avant le lift. Une ou deux personnes qui t’accompagnent t’entourent (Alors forcément c’est plus facile à deux, rude est la tâche d’une personne seule pour s’enrouler autour de toi, quoique, mais je m’égare.), et rapidement les gens se mettent à faire les vigiles eux-même pour toi et faire reculer les importuns. Quitte à en faire trop parfois, mais bon, ça rend le concert et la vue vivables.

Dans certaines salles à gradins, on est placés au niveau des paliers, et je dois dire que c’est pas mal. La vue est bonne, il n’y a pas de barrières, on peut être 2 ou 3 fauteuils sur un palier, mais au milieu du public et des odeurs de sueur, les potes peuvent se mettre devant ou derrière, c’est plus convivial.

#BonusEnclos : Ce qui est rigolo (…), c’est de voir le regard des artistes se poser ou non sur l’enclos. Certains sont fuyants, d’autres s’approchent de la barrière genre « Oh comme ils sont mignons, on peut en prendre un, dis ? ». Des fois tu sens que la caresse de joue n’est pas loin.
Hier je crois qu’elle n’était pas tellement à l’aise. Je ne lui en veux pas, moi non plus je n’étais pas tellement à l’aise.

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2 Comments

  1. alounette qui n'en peut plus non plus du childisme... alounette qui n'en peut plus non plus du childisme...

    Je suis d’accord pas évident… J’ai participé à ses fameuses « sorties de centre », avec ou sans ligne jaune, avec ou sans distribution de verres d’eau obligatoires (ça dépend vachement de la personnalité des accompagnants non ?). J’ai aussi beaucoup de mal avec ces douces violences quotidiennes et institutionnalisée dont le je te touche et tu n’as rien demandé, et ce n’est pas pour rien que je suis en congé parental bien loin de tout ça… :( :(
    Bon, franchement là tu es dans le cas du gars qui va seul (ou pire en amoureux) au restau et qui se retrouve à la table d’un groupe qui a réservé. Faut se barrer !!!!
    (Même en tant que groupe « on ne se mélange pas aux autres groupes », on est venu passer une soirée « entre nous »…
    Par contre j’ai vécu un ou 2 concerts où le public ne faisait pas du tout attention aux fauteuils roulants derrière eux avec chute sur les genoux à plusieurs reprises ! (un petit coup de repose pied discret à l’arrière des pieds ? 😉 ) Et de supers spectacles où pas de places attribuées mais une tolérance du tonnerre à la différence.
    Et mention « bêtise powerboost » au vigile qui ne voulait pas que tu ailles où tu veux. ça méritait pas une menace de plainte pour discrimination ça ?

  2. alounette alounette

    Bon au cas où ça ne soit pas très clair dans mon message. Dans ma tête c’est « nan mais quelle horreur être obligée de rester à une place assignée à côté de gens qu’on a pas choisi sous prétexte qu’on est en fauteuil roulant » !!!

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