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Méditation DIY : chanson de geste

Dans la série je-réinvente-l’eau-chaude-à-partir-de-pas-grand-chose, j’ai découvert la méditation il y a 1 an. Un an que je ne loupe (presque) pas un jour sans pratiquer avec délice. Je ne vais pas vous raconter tout ce que ça m’apporte, c’est hyper perso, mais entre autres et sans que je m’y attende, la méditation m’a appris la résonance du mouvement.

Ça faisait longtemps que j’essayais, mais pfffiou qu’il est DUR le chemin qui mène au zen ! /o\
Il paraît que pour certains, une majorité peut-être même, c’est très simple. Il suffit de respirer avec le ventre, ressentir la pesanteur de son corps, et hop, bam, tu médites, fastoche, à la portée de tous, qu’ils disaient.
Ce que j’ai pu me sentir nulle à ne pas y arriver…

Mais tu vois, moi, musculairement parlant, je ne sais déjà que respirer par le ventre, donc l’exercice ne me parlait pas des masses. Et en parlant de masse, le côté « Assieds-toi bien droite, sens comme tes membres sont lourds, posés au sol, tes muscles complètement relâchés, ressens tes points d’appui. », comment dire que j’expérimente ça suffisamment constamment pour m’ennuyer prodigieusement dans ce genre d’exercice. -₋-

Mais surtout, soyons honnête, je suis (étais…) complètement control freak, et tremble à l’idée que le moindre grain de sable n’échappe à ma vigilance de maboul. Me concentrer sur ma respiration ? Mais quel genre de respiration exactement ? C’est pas trop rapide là ? Pas trop long ? C’est censé faire quoi là ? C’est quoi le rapport avec le cerveau ? Ça agit là ? Inspire, expire, enchaîne, enchaîne. Je finissais tous mes essais essoufflée comme une sprinteuse asthmatique, parce qu’on attendait de moi que je RESPIRE alors j’y mettais tout mon coeur, bien trop.
Entre chaque respiration, j’avais le temps de me dire : Bon ça marche ? Ça fait quoi là ? Ça fait rien. C’est ça la méditation ? Oh mais je m’emmerde tellement. Ça fait combien de temps, 20mn ? Ah non zut, deux. Hinhin je suis vraiment pas faite pour ça. (*Trouve une formule aux petits oignons pour raconter ça aux copains en 140 caractères*) Han, en parlant d’oignons, pourquoi je ne ferais pas cette super bonne quiche après-demain?! Faudra juste que je fasse des courses, et merde j’ai oublié d’aller chercher mon colis, Allo Madeleine, j’ai un contre-temps je… Mais attends j’étais pas en train de méditer moi tout à l’heure ? À quel moment j’ai… ? O_o
Je me suis considérée irrécupérable, au retour à l’authentique bien incapable.

Blabla

Mais j’avais changé. Pour X raisons, j’avais commencé à cerner un peu mieux mon fonctionnement, à lâcher prise et ressentir les choses sans toujours (tout) baliser. Oh à toute petite dose hein, on ne se refait pas, mais je crois que la porte s’est ouverte quand j’ai commencé à ressentir la musique, pas juste l’écouter. Il m’aura fallu 35 ans, oui, je sais… Et autant pour apprécier la bière mais là on s’égare. Certains morceaux vibraient, frissonnaient, et elle vit que que cela était bon. Mention spéciale pour la clarinette klezmer ou les chants grégoriens. Je deviens même capable d’écouter quelques opéras, han ! Il se passe des trucs et je sens mon attention se modifier. Je me dis que c’est peut-être l’occasion de repartir à l’assaut de la méditation.

Exploitons. Je cherche des mantras bien vibrants à écouter. Aoummm.
Ça vibre, ouais, merci les moines. Mais je m’emmerde toujours ferme, moi, ça ne décolle pas…
Je cherche, c’est quand même fou, tout le monde y arrive, pourquoi pas moi ?! #Caliméro

Je tombe sur ce site : WILD MIND, L’ESPRIT INDOMPTÉ. Haaan c’est parfait pour mon égo ça ! Voilà si je n’y arrive pas c’est pas parce que je suis nulle, mais parce que je suis SAUVAGE !
Ma chair est terriblement faible à ce genre de flatterie. (En fait le propos du site n’est pas du tout celui-là, mais j’ai choisi de l’interpréter comme ça, et puis fuck (Rrrr, non mais t’as vu cette sauvagerie?))

Mais en plus de savoir me gruger, en plus d’être divinement déculpabilisant, ce site est surtout formidable parce qu’il propose enfin une mine d’exercices différents qui sortent du traditionnel inspire-expirez-contemplez-votre-immobilité. J’ai enfin quelque chose de consistant à me mettre sous la méninge, j’ai l’impression d’avoir plein d’outils, de briques à ma disposition et la possibilité de bâtir ma pratique en fonction de mes envies et possibilités. Je frétille.

200

Je survole le point sur la posture, me sentant assez peu concernée. Je lis avec intérêt, les explications et consignes souples sur la respiration. J’accepte de réviser mon jugement et m’y atèle progressivement. Et puis je lis qu’on peut essayer de se remémorer un souvenir heureux. Ouais c’est ma came ça, ça va m’occuper l’esprit au moins !

Un souvenir chouette. Tiens, ce jour-là sur cette plage, essayons. Ok j’y suis. Un max de détails ils disent. Les amis, autour. La mer, plus loin. Ah oui je l’entends. Les voix des mômes dans les vagues, c’est marrant. Le ciel est sombre. Il y a du vent. Oh le vent ! /o\ Purée j’ai senti le vent là, vraiment ! Il y avait cette petite rigole d’eau à côté de moi. Je peux passer des heures à regarder l’eau couler, et cette vision mentale me fait exactement le même effet. Je me laisse bercer longuement par cette image, avec tous les sons, le vent, les présences. Je plonge mes doigts dans le sable fin. Le fais jouer, couler entre mes doigts, ça file plein de frissons.

Wow. Une porte s’est ouverte là. Je file raconter ça dans mon journal de méditante, puisque ce site qui sait si bien me parler suggère aussi d’écrire sur mes séances !
C’est sûrement pas ça, la méditation, c’est pas ce qu’en disent les gens, mais clairement pour moi, un truc s’est passé, j’ai débloqué un level de ressenti, de conscience ou whatever. Exercice de rêve éveillé, de sophrologie, de… ? Allez, laisse tomber google et explore tranquillement, débranche.

Alors j’ai exploré. Je suis retournée sur cette plage avec la même intensité, mais j’ai vite eu envie de tester plein de choses. Mi-souvenirs mi-délire.

Du sable, la terre est proche. Celle de mon potager, à pleines mains. Les grosses mottes, les émietter, les petits cailloux, les vers de terres. Err. Arracher quelques mauvaises herbes. Mais bien, tu sais, tirer avec la force nécessaire précise, le bon angle pour que l’indésirable vienne en entier, accompagnée de toute sa racine, yeah. Des fois j’ai loupé, l’herbe se rompait, mais quelle jubilation à chaque extraction propre.

L’eau qui coule. Un ruisseau, souvenir de mon enfance. Vif souvenir. Je le regarde s’écouler et ça me transperce de frissons. Les petites circonvolutions de l’eau. L’eau qui roule, épouse, et use doucement cette pierre ronde. (Aaaah, c’est doux ça…) L’eau qui fait jouer cette grande herbe sur le bord (hi, ça chatouille!). Les carpes qui furètent au fond, que je regarde du bord en souriant. Je ne résiste pas, j’y trempe le bout des doigts. Je sens la caresse de l’eau, mais aussi sa force, le courant n’est pas fort mais je dois maintenir une résistance pour que l’eau ne repousse pas ma main. Je dois me pencher un peu trop au dessus du ruisseau, et vlam j’y tombe !
VoidJ’éclate de rire et mon frère me tend les mains pour me relever, parce que bien sûr, si je suis au bord de ce ruisseau, c’est que j’ai 3 ans et que mon frère est avec moi. C’est malin, j’ai la culotte trempée, et les cailloux me piquent les fesses, ouille ! Je me relève, les pieds dans l’eau. J’approche du petit pont, j’en caresse les pierres pleine de mousse, fraîches. J’aime leur odeur. Le béton, rapeux. Ça résonne un peu là dessous.
Je remonte le talus. Il y a du soleil, il fait bon. On prend le chemin de cailloux blancs, on court et on rit à gorge déployée. Et on court.

Tous ces gestes je les fais, les ressens vraiment, de façon assez dingue. Je les ai en stock, même ceux que je n’ai évidemment jamais fait. Je ne les ai jamais vraiment imaginés, je n’y pense jamais, même dans mes rêves nocturnes, c’est le cadet de mes soucis. Et pourtant là, waow.

C’est sûrement un mélange entre les sensations déjà éprouvées, choses touchées, postures qu’on a pu me faire prendre étant petite… (Presque toujours, dans mes méditations je me retrouve enfant, sûrement un âge où je savais ressentir plus vivement, avant qu’on se verrouille) et les observations visuelles de mon cerveau. Je vous regarde, il enregistre, sans doute, sans qu’on sache. Avec tout ça, il recompose, il extrapole. Je connais la juste tension nécessaire à rester debout. Le déséquilibre, le rattrapage. La course, les pieds qui ne touchent plus le sol, les cailloux qui dérapent sous les semelles.

VeloLes gestes que je ne sais pas faire, je les apprends. Nager c’est chouette, plutôt facile finalement, sauf une ou deux techniques où je bois tout le temps la tasse. Le tricycle, facile. La draisienne dans les rues de mon enfance wouhou, fun ! L’équilibre c’est bon je l’ai. Par contre le vélo de grand, HAN c’est beaucoup plus dur que je croyais. Coordonner l’équilibre ET le pédalier, surtout au démarrage franchement, bravo les gars ! (Enlever des roulettes, c’est souvent plus compliqué qu’on imagine, vous pouvez me croire)
Ah, il y a encore un truc sur lequel je bute, tout bête : comment on se relève quand on est assis par terre, sans appui ? Comment vous mettez vos jambes, vous appuyez vos mains où, c’est quels muscles qui travaillent ? Pas moyen. O_o Faudrait que je regarde des tutos youtube.

Grimper aux arbres, facile. J’ai tellement accompagné les copains dans leur ascension. Vas-y, attrape cette branche, tu veux pas plutôt essayer de mettre déjà ta jambe ici? Je connais encore par coeur l’architecture de ce quetscher, je sais m’y hisser, un petit balancement, une impulsion, retenir son souffle et hop, choper solidement la branche suivante. C’est vrai qu’on est bien là-haut, dis. J’avais jamais vu le jardin sous cet angle.

IMG_20160101_180432Expérience agréable et amusante. Ça pourrait s’arrêter là. Ça me questionne quand même sur toutes ces années de sensorialité enfouie un peu perdues. On devrait apprendre à tous les gamins handis (ou pas) à jouer à ça, c’est vraiment le fun. Si ça se trouve tout le monde fait déjà ça en fait et je réinvente vraiment l’eau chaude ?… O_o
J’ai lu je ne sais plus où, je ne sais plus quand, qu’imaginer réaliser en mouvement pouvait stimuler certaines cellules nerveuses (?) aussi fort qu’un mouvement effectif. Je ne sais pas si c’est vrai, exploitable, en rééducation par exemple. En tous cas ces sensations-là me paraissent quasiment plus fortes que certaines expériences réelles.

Voilà pour le côté récréatif de mes méditations. Il n’y a pas que ça évidemment, depuis j’ai appris à exploiter cette foutue respiration, je me suis créé toute une routine physico-mentale plus « conventionnelle » de concentration, bienveillance, pleine conscience, corporalité etc…

Mais mine de rien ce truc de sensations m’a menée bien plus loin que je ne croyais et a dérive spontanément en quelque chose de plus « développement personnel». Ressentir hoola-hup ou balançoire c’est super drôle, mais il y a des tas de ressentis plus contemplatifs, lents et profonds. Je peux passer longtemps, immobile, à ressentir un galet, du papier, un tissu, une peau, une écorce. Je suis entièrement absorbée, et je vous promets que pendant ce temps-là je ne pense jamais à appeler Madeleine.
Mais surtout, se contenter de ressentir intensément les choses sans les réfléchir, c’est aussi un énorme progrès pour moi, qui s’applique à bien plus qu’aux acrobaties. « Ressentir le vent », c’est pas loin de « ressentir une émotion ». J’ai revisité des tas de nœuds de ma vie au bord de ce ruisseau, ça m’a aidé à intégrer beaucoup de choses qui me semblaient insolubles. En douceur, sans lutte. J’ai invité pas mal d’entre vous à y faire des ricochets, et à tous les coups, j’en ressortais apaisée. Ressentir les liens sans les décortiquer. Des fois j’ai pleuré, très souvent j’ai ri. Je ne sais pas si c’est très conventionnel de rire autant pendant une méditation, mais c’est ma façon de faire. Ça fait du bien, ça apaise, ça me fait grandir, comprendre et progresser mieux que n’importe quel psy, alors moi ça me va.

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