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Mois : juin 2017

Our house

Bon, ça fait longtemps que dure cette histoire. Trop longtemps que je ne me décide pas à jeter une bouteille à la mer ici. Non non, pas de détresse du tout, il s’agit juste de donner une petite chance au hasard de la toile. Parce que ça ne se fera pas sans en parler.

Cette histoire d’habitat partagé, on en avait un peu parlé en 2010 avec la Fille Aux Craies, avec un enthousiasme fébrile, on avait un peu les mêmes rêves alors on s’était dit chiche, et l’autre avait répondu kebab. On avait commencé à se renseigner et puis après elle est morte. Ça a un peu compromis le projet.

Toute seule, aller chercher des inconnus, c’est beaucoup moins sympa, et pas trop dans mon tempérament d’oursonne 8 mois par an. Mais ça continue à me trotter doucement en tête, régulièrement. Mes envies changent un peu, mais l’esprit reste.

Et on est pas mal, sur les réseaux, à se dire souvent « mais oui » quand on l’évoque, mais sans jamais aller plus loin. J’en sais quelques uns avec qui je me sentirais vraiment de bâtir ce genre de projet. Alors je me dis que ça vaut le coup d’ouvrir une porte ici. Je vais poser ce que j’ai en tête en vrac, l’idéal, le réaliste, le ferme, le négociable, et on fera le tri plus tard. Et si ça fait le moindre écho en toi, on en discute.

Habitat groupé, partagé, participatif, coopératif, co-habitat, je ne sais pas quel est le meilleur terme.

L’idée c’est : chacun chez soi, mais on fonctionne ensemble, on partage tout ce qui ne nécessite pas une possession constante.

Chez soi, on a tout ce qu’il faut de pièces pour : dormir, se laver, cuisiner, vivre, parce qu’on est pas des hippies. Bon un peu, mais juste un peu, quoi. Un vrai logement, où si on ne veut voir personne pendant une semaine, c’est possible. Chacun est libre de se créer les espaces dont il pense avoir besoin en privé.

Ensemble, on peut partager plein de choses dans une partie commune : une grande salle de réception, loisirs, ou repas, avec une grande cheminée. Une lingerie, un atelier avec plein de scies d’outils, une tondeuse, parce que oui on peut partager un maxi jardin aussi, travailler à un génial potager.
Une salle de sport, ou de musique, une salle de jeux, un portique pour les gosses, un barbec, un appareil à raclette (oui tavu, je suis même prête à ce partage des plus intimes), une télé, une voiture, ou au moins des trajets. Ah oui, moi je VEUX une véranda, ou ce genre de pièce ultra-lumineuse, pour mieux passer l’hiver. Et des chambres, des lits pour accueillir les amis facilement !
Un genre d’espace de co-working aussi pourquoi pas, si il y a plusieurs travailleurs indépendants, étudiants, intellos curieux.

C’est absolument pas indispensable, mais si il y a des motivés pourquoi ne pas travailler à un projet commun, professionnellement ou pas ? (créer un lieu d’accueil, culturel, social ? Inventer quelque chose?)

Évidemment on se répartit les tâches communes et on se rend des services chacun selon ses aptitudes. Les enfants ne sont jamais seuls, les vieux profitent d’un environnement sécurisant. Et on se bidonne tous pas mal. (Je vous jure que j’ai des blagues plus drôles que chiche / kebab. :-$)

J’ai envie que l’écologie soit un facteur présent dans chaque décision, sans en faire pour autant en faire un diktat.
Ça peut être une utopie, un lieu d’expérimentation sociale, un projet de société. Oui, c’est intéressant. Mais moi c’est pas vraiment ma motivation. Je ne veux pas d’une maison-témoin, je veux juste un lieu léger, drôle, stimulant et chaleureux où il fait bon vivre. Un mini village solidaire.

Les habitants ? Idéalement divers et variés. Avec un socle de valeurs communes bien sûr, je ne demande qu’à voir mais on ne va avoir que des gauchistes pour envisager renoncer à ce genre de possessions individuelles non ? 😉 (La voiture mer elle est folle ! /o\)

A l’écoute des besoins de chacun, prêts à l’entraide, mais surtout non-jugeants, respectueux des libertés, choix de vie des uns et des autres, non-envahissants. Et à l’humour aiguisé, je l’ai dit déjà ?

Il s’agit souvent d’achat immobilier, mais ça serait chouette de pouvoir trouver une formule pour proposer un ou des logements en location à des gens qui n’auront pas la possibilité d’acheter.

Combien ? Je verrais bien un groupe constitué de 4 ou 5 foyers.

Où ?… N’importe où. Je suis bien en Lorraine, mais je crois que je pourrais être bien n’importe où en France tant qu’y a du wifi.. Je n’ai d’attache nulle part, j’ai la chance d’en avoir partout.200

Plutôt à la campagne quand même, plutôt pas isolé de tout quand même. Mais ça se négocie.

Dans mon plan idéal, on ne construirait pas un truc praticolomoderne, on redonnerait plutôt vie à un vieux lieu plein d’histoire (moulin, usine, presbytère, gare, hospice…). Mais ça je crois que c’est pour la carte postale.

Avec le temps, il y a une chose qui a changé. On s’embourgeoise, on s’oursonnise, je sais pas, mais je me vois plus sur un mode hameau de maisons maintenant, plutôt qu’une seule grosse bâtisse. Écologiquement c’est moins bon, et on partagera peut-être un peu moins de quotidien, mais je crois qu’on peut transposer beaucoup des principes énoncés ci-dessus. Je me demande si on n’y gagnerait pas en pérennité. Viens on fait un putsch dans un minuscule village et on lui redonne vie ?

Moi dans tout ça ?

Je suis prête à dire fuck yes. Je suis bien dans ma vie actuelle, sans ça je ferai d’autres choses, ça ne sera pas un regret (maintenant que j’ai tendu cette perche. ;-)). Mais si ça remue un peu, oui je suis à une période de ma vie où je suis prête à bouger et à m’investir, j’ai du temps et de l’énergie.

N’hésite pas à m’écrire, par mail en commentaire ici, ou sur un autre réseau. On peut en parler juste comme ça et se dire « Bon, je le sens pas finalement » sans scrupule. Si tu as un projet du-même-genre-mais-pas-vraiment dis le aussi : si c’est pas moi, ça intéressera peut-être quelqu’un d’autre ici. Si je peux vous mettre en contact, cette bouteille n’aura pas échoué nulle part ! :-)

Chiche ?

Parjure

Préambule : Ce truc parle principalement du poids du militantisme handi, parce que c’est celui que je subis le plus (pas que, féministes, gauchistes, etc, coucou) mais de ce que j’observe, j’ai l’impression que c’est assez transposable aux autres communautés.

Petit peuple militant de twitter (ou d’ailleurs, mais je te fréquente rarement ailleurs), je ne te remercierai jamais assez de m’avoir ouvert les yeux et l’esprit sur tant de vécus, tant d’idées. Vraiment. Des gens que je n’aurais jamais croisé IRL, des échanges comme il ne s’en passe nulle part ailleurs. Une efficacité dans le relai d’informations, de besoins, de solidarité.
Tellement d’intelligence que j’ai souvent pâli de honte devant la somme de mes erreurs, jugements, faiblesses. Rougi de mes manques de finesse. Encore souvent.
Mais de plus en plus, copain vindicatif, je soupire de lassitude en te lisant.

Que tu le permettes ou non, je vais sortir de cette spirale d’exigence et dire un peu fuck. Pouce, cabane.

Je sais que toi aussi tu soupires parfois en me lisant, et même que tu me prends un peu de haut. Parce que tu considères que je pourrais être plus utile à la cause. Oh, oui, sûrement.

Je veux bien tout avouer.

Je ne suis pas toujours solidaire, pas toujours exemplaire, pas toujours pertinente. (Je t’ai déjà dit que je n’étais pas une leçon de vie ?)
Je partage rarement les infos sur le montant de nos allocs, les lois sur la santé, les reculs d’accessibilité, l’actu handi-hi-tech ou caritative…
Quand je lis un récit de discrimination, je dis « ohlala » et je retourne jardiner.
Quand tu fais une cagnotte pour financer ton adaptation ou projet, je l’ignore. Quand tu cherches des gens pour t’aider, je sifflotte et prends un air absorbé sur l’air de ohlala vous avez vu l’explosion du prix au kilo du topinambour  ?
Je critique tout et je ne fais rien.
Pourtant j’ai des supers idées très constructives, j’ai dit mille fois « Oh ce qu’il faudrait qu’on fasse c’est… ». Et mille fois j’ai fui dès la fin de ma propre phrase. Désolée, il fallait que j’aille arroser mes tomates.
J’ai fait toutes les manifs pour le mariage pour tous, j’ai marché contre le racisme, la précarité du travail, pour l’IVG. (Oh avec beaucoup de parcimonie hein, n’allez pas croire que je fais ça tous les dimanches) Des sujets qui ne me concernaient pas directement. Je n’ai ja-mais mis une roue dans la rue pour le handicap.
Quand on me demande de m’impliquer, j’ai arrêté de dire « oui, peut-être, je verrai », j’assume de dire non.
Si on se croise sur twitter, je regarde ta bio, et si je vois handicap, je grimace et passe mon chemin. (Si je te suis quand même, sache que je te trouve VRAIMENT cool, probablement pour d’autres raisons <3)
Le mot « »camarade » me donne des boutons.
Je soutiens plus volontiers un ami triste d’un petit chagrin quelconque, plutôt qu’un handi en détresse, d’une galère que je connais pourtant bien , et pour laquelle je pourrais être d’une véritable aide concrète. Parce qu’un ami, quoi, le reste importe peu. (Et puis personnellement, les peines de coeur et le manque de lumière me soucie beaucoup, beaucoup plus que mon handicap)
D’ailleurs quand j’ai un problème, j’accorde souvent plus de valeur au soutien maladroit du valide qui ne bitte rien à ma situation, qu’au soutien quasi professionnel du vieux routard handi. (parce que ça dénote, du coup, d’un plus grand effort de compréhension, indépendamment du but atteint, ça me touche donc plus) (moralement parlant, bien sûr, les ressources concrètes sont plus efficaces entre concernés)

J’ai des attitudes validistes, sûrement, plein. Tout ce qui précède mais pas seulement. (Mais les regarder en face, c’est déjà bien)

D’ailleurs quand tu cries que les valides sont vraiment trop discriminants, je suis la relou qui viendra peut-être les défendre.

Parjure, absurde, si tu veux.

C’est vrai que je ne suis pas une militante à la hauteur. En fait je n’ai pas demandé à être militante du tout, tu sais ? J’ai rien signé.

Quand le handicap te tombe dessus, il y a tous ces trucs que tu ne peux pas faire, ou que tu dois faire différemment. Ça, chanceuse, j’ai jamais eu de mal à m’y faire.
Par contre, le rôle qu’on voudrait me voir endosser, du seul fait du handicap, je l’ai toujours en travers de la gorge. Le déterminisme jusque dans tes luttes. Bien sûr je suis concernée, bien sûr ça m’intéresse, oui j’ai les capacités d’agir. Mais aussi une personnalité, une sensibilité, le choix de mes intérêts.

Et puis faudrait savoir, un jour, pour certains, je devrais être une leçon de vie courageuse, souriante qui ne se plaint jamais, et le lendemain le costume de super-handi implique de râler, réclamer et combattre en permanence ? Nan mais ça va la dichotomie ?!

Ma vie n’est pas une niaiserie, ma vie n’est pas non plus un combat.
Moi plus tu me demandes d’être gentille, plus je vais être cinglante. Plus tu me demandes de montrer les crocs, plus je vais… jouer les niaises, ouais peut-être. :-)
Laissez-moi juste vivre avec et placer le curseur où je veux, merci.

J’ai pas le couteau sous la gorge, en vrai personne ne m’a dit aussi clairement que je n’étais pas à la hauteur, alors est-ce que je ne peux pas juste m’en foutre et sillonner ma petite route ? Est-ce que c’est grave tout ça ?

T’as entendu parler de la pression sociale ? C’est souvent insidieux et destructeur. Personne n’a besoin de ça.

200

J’aurais dû m’inquiéter quand j’ai commencé à lire plein de trucs sur la colère, parce que merde, c’est quoi mon problème, pourquoi je suis jamais énervée comme vous, pourquoi j’insulte personne, pourquoi je trouve la vie si cool comme ça, je dois être vraiment naïve, j’ai des œillères, je me mens, vite, les trouver pour les arracher, c’est pas normal, je suis pas normale.
Et la violence. Pourquoi la violence, socialement, sa nécessité ? Physique, morale, institutionnelle… Je cherche, je décortique, je comprends les mécanismes. Je constate et comprends parfaitement que les gens la ressentent. Mais moi elle me retourne les viscères, me rend physiquement, profondément mal. J’ai donc sûrement un problème, je refoule un truc, ou alors on m’a traitée façon Orange mécanique pendant mon sommeil ?

Alors évidemment (?) la culpabilité. Alors des fois, avant que j’ai le temps de m’en rendre compte, je me retrouve en train de hurler avec la meute. La meute est alors ravie, je suis enfin l’une des leurs. Et moi, je me fais honte. Parce que non, c’est pas moi.

Friends

Ma vie n’est pas un  combat. C’est parfois une course d’obstacles, certains sont rudes et épuisants, oui, mais je n’ai pas d’ennemi, à part l’inertie d’un vieux système de pensée.
De la colère, en fait j’en ai, évidemment je dis très souvent fuck. Mais de la colère contre des idées, jamais contre des gens. Et ceux qui ne font pas la différence me mettent très mal à l’aise. Crier ACAB (ou AVAB), c’est pas pour moi, ça ne m’intéresse pas.

Je refuse que ma vie soit un instrument, est-ce qu’elle est inutile pour autant ?

Moi j’aime apprendre, comprendre, et m’améliorer. J’ai la faiblesse de penser que c’est le cas de beaucoup, et surtout que ça ne peut se passer que dans l’échange, pas dans la contrainte.
Battez-vous, débattez-vous, moi je débats. #Punchline.
Les barricades c’est bien pour se défendre, mais ça isole aussi. Moi j’aime mieux construire des ponts, c’est juste ce que je sais faire de mieux je crois, et je ne pense pas que ça soit inutile.

Je n’ai pas votre énergie, vous n’avez pas ma patience. Je n’ai pas votre compétence, connaissance, bagage militant, vous n’avez pas ma diplomatie (je vous vois, les ricaneurs ^^). Je reconnais la nécessité de vos actions coup de poing, mais j’aimerais qu’on apprenne à considérer que ça n’est pas tout.

Quand tu cries « Connard de valide, change ça ou je dis à tout le monde que tu t’en fous » (si si, des fois tu fais ça), je prends le temps de leur demander ce qu’il comprennent de notre situation, de notre ressenti. Et c’est fou mais ça les intéresse vraiment quand tu le fais bien. Et c’est des petits chatons honteux quand ils réalisent leur impact. Et ils passent à autre chose, oublient la « leçon de vie » juste après ? Non, parfois ils s’adaptent, concrètement. Pas toujours, non (avoue que ton approche n’est pas non plus un formidable succès), mais pour les fois où ça marche, je continuerai.

Mégasurprise, des fois j’aide des handis, aussi. Individuellement puisque je ne suis pas douée pour le collectif. En sous-marin, puisque je ne vois pas l’intérêt d’en parler. J’écoute, je raconte, et je crois que des fois ça aide. C’est pas une mission, ça me prend juste quand je le sens, juste quand les vents sont favorables. D’une façon qui me ressemble.

Sur twitter ou dans la vie, je parle de plein, plein, PLEIN d’autres sujets, utiles ou futiles (parce qu’ils me préoccupent plus, sincèrement), et je crois que même ça, ça a du sens. Je crois que quand on me dit « Ah je te lis depuis un moment, j’avais pas compris que tu étais handicapée », ça a du sens. Ça me fait plaisir, pas parce que j’arrive à faire illusion, pas parce que j’arrive à dissimuler quelque chose qui me fait honte (surtout pas) mais parce que dans leur surprise, il y a quelque chose qui se déconstruit, et qui rend autrement réceptif à ce que j’en raconterai par la suite.

Quand je pédagogise sans en avoir l’air, peut-être que justement, c’est important de ne pas trop en avoir l’air. Parce que non, décidément je ne suis pas une leçon de vie.

… Je me fatigue. Le vrai problème c’est que je suis en train d’écrire 3 pages pour justifier que je suis pas dans le moule militant mais que t’as vu, je ne suis pas complètement nulle, ma vie pas complètement inutile quand même, allez pardon, s’il te plaît.
Alors que personne ne me demande rien.
Et ça fait 4 mois que j’arrive pas à finir cet article parce que je veux pas avoir l’air de critiquer, blesser, cracher dans la soupe. Oui je suis en colère (tiens) mais surtout contre moi.

Le problème c’est que « Tu sers à rien » est devenu une insulte courante chez les jeunes (je crois, j’en connais plus trop). Merde, laissons-nous aussi le droit, parfois, l’éventualité de ne servir à rien. Maintenant je vous laisse, camarades, je vais arroser mes tomates.

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Zone blanche

16h.

J’avais fait mon paquetage soigneusement. PC, liseuse, téléphone bien sûr, casque, tous les câbles nécessaires. Et puis une culotte, vite fait. J’allais passer la nuit à l’hôpital pour un petit contrôle de routine (une formalité, je sais que je vais bien, mais je crains d’être devenue raisonnable avec l’âge). Je savais que l’accueil serait adorable, que le bâtiment est tout neuf, mais qu’il a un défaut considérable : en certains endroits on n’y capte pas une onde. Je savais que je devrais, pour ne pas mourir d’ennui, payer (un prix indécent) un code d’accès au réseau de l’hôpital.

J’arrive tout sourire, on me prend mes constantes et je préviens que je m’éclipse parce que le réseau là, ah ah, lol.

Bureau -dit- multimédia :

– Bonjouuuur, je voudrais un code wifi pour 24h s’il vous plaît !
– On a pas.
– J… Je. Comment ? Vous ne faites plus euh…?
On a pas.
– Mais han, euh, parce que, euh, enfin, du tout quoi ?!…
– Non. (Non, j’ai pas senti de vague de compassion jaillir de cette dame. Je parierais sur bourreau dans sa vie précédente)
– Han… Ok… Bon ben… D’accord…
Et je suis repartie. Et je suis revenue. « Ah, pardon : au revoir. »

Et je suis allée me prendre un petit remontant à la machine à café. J’aurais pas dit non à un whisky mais croyez-le si vous vous voulez, ils n’en avaient pas non plus. (Comme je vais te les saquer sur trip advisor, eux…)

J’ai envoyé quelques messages de détresse au soleil de la 3G extérieure, et suis retournée mourir dans l’isolement glacial de ma sordide tour d’ivoire. (arrêtez moi si j’en fais trop) Après avoir quand même envisagé semi-sérieusement leur dire « Non mais laissez tomber, j’ai pas vraiment besoin de ces examens, vous embêtez pas je rentre chez moi. »

***

19h37

j’ai évidemment mangé il y a déjà 1h30. J’espère survivre à cette traversée du désert. Je sens déjà ma santé mentale décliner douloureusement. Si je péris dans l’aventure, ceci fera une formidable oraison funèbre.

Internet quoi. C’est quand même fou, hier encore j’avais 10 ans. On on s’écrivait avec des lettres, on téléphonait avec des fils en tir bouchons, et on survivait à peu près, je crois.

Le manque me rend nostalgique. Seize ans, j’ai un prof d’allemand fabuleux. Il parle de web comme il parle des voitureuh avec une exaltation communicative. L’oeil éclatant, la barbichette frétillante, il nous parle d’IRC. Nous explique qu’on peut discuter en simultané avec des gens à l’autre bout du monde. Qu’à la seconde précise où l’autre pense, écrit, envoie un mot, nous on le voit s’afficher, lettre après lettre sur l’écran noir de nos nuits blanches. C’est l’avenir les jeunes, c’est qu’un début, mais qu’est-ce que vous attendez pour vous y mettre ?!
Je suis déjà un peu au courant moi, mais je bois son enthousiaste comme du whisky petit lait.

Gérard Siebert, vous aviez raison, c’est formidable tout ça. Mais internet a ses limites quand même : pas moyen de vous retrouver. Vous, geek de la première heure, je suis sûre qu’il vous arrive de taper votre nom dans google, pour vous assurer que vous n’êtes pas traçable. Alors si vous tombez ici un jour, je voulais juste vous dire merci, ils sont rares et chers, les comme vous. PS : si vous savez cracker le wifi de l’hosto, appelez-moi, merci, bisous.

***

20h04

J’ai creusé un tunnel sous mon lit pour m’évader un moment, je sors. CRIP RIOT ! \o/ J’envoie quelques messages qui disparaissent sans faire écho, au fond du puits de ma solitude.
« On va fermer les portes mademoiselle, il faut rentrer maintenant. » /o\ 

***

21h14

JE CAPTE DANS LA DOUCHE !!!… Ah non, je ne capte plus.

Je pars traîner négligemment dans les couloirs du service, l’oeil rivé sur mes petites barres. Oh le bout du couloir, oh oui mon précieux ! Du réseau ! J’en déloge sans aucun scrupule une jeune fille en train de téléphoner. On se regarde, on se comprend. Le manque ronge nos âmes et creuse nos yeux.

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***

22h01

Les matons vont venir sonner l’extinction des feux et me ligoter à une machine. Sans doute partie de leur plan machiavélique d’évaluation de mes signes vitaux en situation de stress extrême lié au manque. Je m’échappe une dernière fois dans le couloir prendre ma dernière dose. Je la croise une nouvelle fois. Elle erre, désincarnée, frêle silhouette pendue au téléphone (« pendue », parce qu’avant les téléphones avait un fil, tu te souviens ?!). Je crains qu’elle ne passe pas la nuit. Regards de dures à cuire. T’en as, toi ?

Derniers messages d’une condamnée.

***

1h57

Je scrute le plafond blanc, incapable de mettre mon cerveau en veille. Il suffoque sans ses ondes cancérigènes tel un poisson sans eau, tel un avion sans elle, tel un coca sans whisky, tel Roméo sans Virginie. Tel, oh mon tél sans réseau. Je sombre, adieu monde IRL…

***

4h42

ALARME, ON LA PERD, ON LA PERD, ON EST ALLÉS TROP LOIN LES GARS ! Ça bipe de partout mais non, en fait c’est juste un petit bug de la machine. Ils me débranchent, ils ont déjà accumulé suffisamment de données sur le spécimen. Je me rendors, d’un œil seulement, de peur qu’ils ne profitent de mon sommeil pour m’implanter un brouilleur d’ondes sous la peau.

***

8H01

Petit déjeuner au lit. (8h01 ? Tiens, ils reprennent une étoile trip advisor, là, pas mal la grasse mat…) Avant tout contact avec le monde extérieur, donc. Weird mais ça passe. Attendant les instructions pour la suite, je bouquine un peu au lit. Je crains que l’ivresse du manque n’ait atteint quelque faculté mentale. Je me surprends, avec un effroi désincarné, à me dire que finalement, c’était pas si mal d’en profiter pour lire et écrire comme rarement. On se ferait pas un petit week-end de retraite débranche dans une campagne hors-zone un de ces quatre ?…

***

9h08

Ah ah, non je déconne, dégagez le couloir j’arrive ! \o/ \o/ \o/

***

10h42

Je passe la porte en femme libre, la tête haute et pétillante d’ondes 3G, avec l’aval des docs confirmant que ouais, j’étais quand même une force de la nature. (Je vous l’avais bien dit…)

Je n’ai jamais revu la frêle jeune fille du couloir…

Méditation DIY : chanson de geste

Dans la série je-réinvente-l’eau-chaude-à-partir-de-pas-grand-chose, j’ai découvert la méditation il y a 1 an. Un an que je ne loupe (presque) pas un jour sans pratiquer avec délice. Je ne vais pas vous raconter tout ce que ça m’apporte, c’est hyper perso, mais entre autres et sans que je m’y attende, la méditation m’a appris la résonance du mouvement.

Ça faisait longtemps que j’essayais, mais pfffiou qu’il est DUR le chemin qui mène au zen ! /o\
Il paraît que pour certains, une majorité peut-être même, c’est très simple. Il suffit de respirer avec le ventre, ressentir la pesanteur de son corps, et hop, bam, tu médites, fastoche, à la portée de tous, qu’ils disaient.
Ce que j’ai pu me sentir nulle à ne pas y arriver…

Mais tu vois, moi, musculairement parlant, je ne sais déjà que respirer par le ventre, donc l’exercice ne me parlait pas des masses. Et en parlant de masse, le côté « Assieds-toi bien droite, sens comme tes membres sont lourds, posés au sol, tes muscles complètement relâchés, ressens tes points d’appui. », comment dire que j’expérimente ça suffisamment constamment pour m’ennuyer prodigieusement dans ce genre d’exercice. -₋-

Mais surtout, soyons honnête, je suis (étais…) complètement control freak, et tremble à l’idée que le moindre grain de sable n’échappe à ma vigilance de maboul. Me concentrer sur ma respiration ? Mais quel genre de respiration exactement ? C’est pas trop rapide là ? Pas trop long ? C’est censé faire quoi là ? C’est quoi le rapport avec le cerveau ? Ça agit là ? Inspire, expire, enchaîne, enchaîne. Je finissais tous mes essais essoufflée comme une sprinteuse asthmatique, parce qu’on attendait de moi que je RESPIRE alors j’y mettais tout mon coeur, bien trop.
Entre chaque respiration, j’avais le temps de me dire : Bon ça marche ? Ça fait quoi là ? Ça fait rien. C’est ça la méditation ? Oh mais je m’emmerde tellement. Ça fait combien de temps, 20mn ? Ah non zut, deux. Hinhin je suis vraiment pas faite pour ça. (*Trouve une formule aux petits oignons pour raconter ça aux copains en 140 caractères*) Han, en parlant d’oignons, pourquoi je ne ferais pas cette super bonne quiche après-demain?! Faudra juste que je fasse des courses, et merde j’ai oublié d’aller chercher mon colis, Allo Madeleine, j’ai un contre-temps je… Mais attends j’étais pas en train de méditer moi tout à l’heure ? À quel moment j’ai… ? O_o
Je me suis considérée irrécupérable, au retour à l’authentique bien incapable.

Blabla

Mais j’avais changé. Pour X raisons, j’avais commencé à cerner un peu mieux mon fonctionnement, à lâcher prise et ressentir les choses sans toujours (tout) baliser. Oh à toute petite dose hein, on ne se refait pas, mais je crois que la porte s’est ouverte quand j’ai commencé à ressentir la musique, pas juste l’écouter. Il m’aura fallu 35 ans, oui, je sais… Et autant pour apprécier la bière mais là on s’égare. Certains morceaux vibraient, frissonnaient, et elle vit que que cela était bon. Mention spéciale pour la clarinette klezmer ou les chants grégoriens. Je deviens même capable d’écouter quelques opéras, han ! Il se passe des trucs et je sens mon attention se modifier. Je me dis que c’est peut-être l’occasion de repartir à l’assaut de la méditation.

Exploitons. Je cherche des mantras bien vibrants à écouter. Aoummm.
Ça vibre, ouais, merci les moines. Mais je m’emmerde toujours ferme, moi, ça ne décolle pas…
Je cherche, c’est quand même fou, tout le monde y arrive, pourquoi pas moi ?! #Caliméro

Je tombe sur ce site : WILD MIND, L’ESPRIT INDOMPTÉ. Haaan c’est parfait pour mon égo ça ! Voilà si je n’y arrive pas c’est pas parce que je suis nulle, mais parce que je suis SAUVAGE !
Ma chair est terriblement faible à ce genre de flatterie. (En fait le propos du site n’est pas du tout celui-là, mais j’ai choisi de l’interpréter comme ça, et puis fuck (Rrrr, non mais t’as vu cette sauvagerie?))

Mais en plus de savoir me gruger, en plus d’être divinement déculpabilisant, ce site est surtout formidable parce qu’il propose enfin une mine d’exercices différents qui sortent du traditionnel inspire-expirez-contemplez-votre-immobilité. J’ai enfin quelque chose de consistant à me mettre sous la méninge, j’ai l’impression d’avoir plein d’outils, de briques à ma disposition et la possibilité de bâtir ma pratique en fonction de mes envies et possibilités. Je frétille.

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Je survole le point sur la posture, me sentant assez peu concernée. Je lis avec intérêt, les explications et consignes souples sur la respiration. J’accepte de réviser mon jugement et m’y atèle progressivement. Et puis je lis qu’on peut essayer de se remémorer un souvenir heureux. Ouais c’est ma came ça, ça va m’occuper l’esprit au moins !

Un souvenir chouette. Tiens, ce jour-là sur cette plage, essayons. Ok j’y suis. Un max de détails ils disent. Les amis, autour. La mer, plus loin. Ah oui je l’entends. Les voix des mômes dans les vagues, c’est marrant. Le ciel est sombre. Il y a du vent. Oh le vent ! /o\ Purée j’ai senti le vent là, vraiment ! Il y avait cette petite rigole d’eau à côté de moi. Je peux passer des heures à regarder l’eau couler, et cette vision mentale me fait exactement le même effet. Je me laisse bercer longuement par cette image, avec tous les sons, le vent, les présences. Je plonge mes doigts dans le sable fin. Le fais jouer, couler entre mes doigts, ça file plein de frissons.

Wow. Une porte s’est ouverte là. Je file raconter ça dans mon journal de méditante, puisque ce site qui sait si bien me parler suggère aussi d’écrire sur mes séances !
C’est sûrement pas ça, la méditation, c’est pas ce qu’en disent les gens, mais clairement pour moi, un truc s’est passé, j’ai débloqué un level de ressenti, de conscience ou whatever. Exercice de rêve éveillé, de sophrologie, de… ? Allez, laisse tomber google et explore tranquillement, débranche.

Alors j’ai exploré. Je suis retournée sur cette plage avec la même intensité, mais j’ai vite eu envie de tester plein de choses. Mi-souvenirs mi-délire.

Du sable, la terre est proche. Celle de mon potager, à pleines mains. Les grosses mottes, les émietter, les petits cailloux, les vers de terres. Err. Arracher quelques mauvaises herbes. Mais bien, tu sais, tirer avec la force nécessaire précise, le bon angle pour que l’indésirable vienne en entier, accompagnée de toute sa racine, yeah. Des fois j’ai loupé, l’herbe se rompait, mais quelle jubilation à chaque extraction propre.

L’eau qui coule. Un ruisseau, souvenir de mon enfance. Vif souvenir. Je le regarde s’écouler et ça me transperce de frissons. Les petites circonvolutions de l’eau. L’eau qui roule, épouse, et use doucement cette pierre ronde. (Aaaah, c’est doux ça…) L’eau qui fait jouer cette grande herbe sur le bord (hi, ça chatouille!). Les carpes qui furètent au fond, que je regarde du bord en souriant. Je ne résiste pas, j’y trempe le bout des doigts. Je sens la caresse de l’eau, mais aussi sa force, le courant n’est pas fort mais je dois maintenir une résistance pour que l’eau ne repousse pas ma main. Je dois me pencher un peu trop au dessus du ruisseau, et vlam j’y tombe !
VoidJ’éclate de rire et mon frère me tend les mains pour me relever, parce que bien sûr, si je suis au bord de ce ruisseau, c’est que j’ai 3 ans et que mon frère est avec moi. C’est malin, j’ai la culotte trempée, et les cailloux me piquent les fesses, ouille ! Je me relève, les pieds dans l’eau. J’approche du petit pont, j’en caresse les pierres pleine de mousse, fraîches. J’aime leur odeur. Le béton, rapeux. Ça résonne un peu là dessous.
Je remonte le talus. Il y a du soleil, il fait bon. On prend le chemin de cailloux blancs, on court et on rit à gorge déployée. Et on court.

Tous ces gestes je les fais, les ressens vraiment, de façon assez dingue. Je les ai en stock, même ceux que je n’ai évidemment jamais fait. Je ne les ai jamais vraiment imaginés, je n’y pense jamais, même dans mes rêves nocturnes, c’est le cadet de mes soucis. Et pourtant là, waow.

C’est sûrement un mélange entre les sensations déjà éprouvées, choses touchées, postures qu’on a pu me faire prendre étant petite… (Presque toujours, dans mes méditations je me retrouve enfant, sûrement un âge où je savais ressentir plus vivement, avant qu’on se verrouille) et les observations visuelles de mon cerveau. Je vous regarde, il enregistre, sans doute, sans qu’on sache. Avec tout ça, il recompose, il extrapole. Je connais la juste tension nécessaire à rester debout. Le déséquilibre, le rattrapage. La course, les pieds qui ne touchent plus le sol, les cailloux qui dérapent sous les semelles.

VeloLes gestes que je ne sais pas faire, je les apprends. Nager c’est chouette, plutôt facile finalement, sauf une ou deux techniques où je bois tout le temps la tasse. Le tricycle, facile. La draisienne dans les rues de mon enfance wouhou, fun ! L’équilibre c’est bon je l’ai. Par contre le vélo de grand, HAN c’est beaucoup plus dur que je croyais. Coordonner l’équilibre ET le pédalier, surtout au démarrage franchement, bravo les gars ! (Enlever des roulettes, c’est souvent plus compliqué qu’on imagine, vous pouvez me croire)
Ah, il y a encore un truc sur lequel je bute, tout bête : comment on se relève quand on est assis par terre, sans appui ? Comment vous mettez vos jambes, vous appuyez vos mains où, c’est quels muscles qui travaillent ? Pas moyen. O_o Faudrait que je regarde des tutos youtube.

Grimper aux arbres, facile. J’ai tellement accompagné les copains dans leur ascension. Vas-y, attrape cette branche, tu veux pas plutôt essayer de mettre déjà ta jambe ici? Je connais encore par coeur l’architecture de ce quetscher, je sais m’y hisser, un petit balancement, une impulsion, retenir son souffle et hop, choper solidement la branche suivante. C’est vrai qu’on est bien là-haut, dis. J’avais jamais vu le jardin sous cet angle.

IMG_20160101_180432Expérience agréable et amusante. Ça pourrait s’arrêter là. Ça me questionne quand même sur toutes ces années de sensorialité enfouie un peu perdues. On devrait apprendre à tous les gamins handis (ou pas) à jouer à ça, c’est vraiment le fun. Si ça se trouve tout le monde fait déjà ça en fait et je réinvente vraiment l’eau chaude ?… O_o
J’ai lu je ne sais plus où, je ne sais plus quand, qu’imaginer réaliser en mouvement pouvait stimuler certaines cellules nerveuses (?) aussi fort qu’un mouvement effectif. Je ne sais pas si c’est vrai, exploitable, en rééducation par exemple. En tous cas ces sensations-là me paraissent quasiment plus fortes que certaines expériences réelles.

Voilà pour le côté récréatif de mes méditations. Il n’y a pas que ça évidemment, depuis j’ai appris à exploiter cette foutue respiration, je me suis créé toute une routine physico-mentale plus « conventionnelle » de concentration, bienveillance, pleine conscience, corporalité etc…

Mais mine de rien ce truc de sensations m’a menée bien plus loin que je ne croyais et a dérive spontanément en quelque chose de plus « développement personnel». Ressentir hoola-hup ou balançoire c’est super drôle, mais il y a des tas de ressentis plus contemplatifs, lents et profonds. Je peux passer longtemps, immobile, à ressentir un galet, du papier, un tissu, une peau, une écorce, une odeur, un goût. Je suis entièrement absorbée, et je vous promets que pendant ce temps-là je ne pense jamais à appeler Madeleine.
Mais surtout, se contenter de ressentir intensément les choses sans les réfléchir, c’est aussi un énorme progrès pour moi, qui s’applique à bien plus qu’aux acrobaties. « Ressentir le vent », c’est pas loin de « ressentir une émotion ». J’ai revisité des tas de nœuds de ma vie au bord de ce ruisseau, ça m’a aidé à intégrer beaucoup de choses qui me semblaient insolubles. En douceur, sans lutte. J’ai invité pas mal d’entre vous à y faire des ricochets, et à tous les coups, j’en ressortais apaisée. Ressentir les liens sans les décortiquer. Des fois j’ai pleuré, très souvent j’ai ri. Je ne sais pas si c’est très conventionnel de rire autant pendant une méditation, mais c’est ma façon de faire. Ça fait du bien, ça apaise, ça me fait grandir, comprendre et progresser mieux que n’importe quel psy, alors moi ça me va.