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Au début de la chimio, on rigolait pas mal.

J’ai fini son bouquin il y a quelques jours déjà, mais je laissais mûrir cet article. Bon ok, je le procrastinais un peu. Alors qu’avant même ce livre, je connaissais bien Ma, son histoire, et ce que j’aurais à en dire. C’est pas vraiment une critique littéraire je vous préviens, d’autres l’ont fait avant moi (Ce livre est bien, lisez-le).

Et puis Ma vient de tweeter cette photo pour laquelle je déborde de <3 <3 <3, avec la légende « Au début de la chimio, on rigolait pas mal.»

https://pbs.twimg.com/media/CFJdo0JW0AANOF3.jpg:large

Elle s’appelle Manuela Wyler, mais sur twitter on l’appelle Ma. Comme Ma Dalton, ou Ma Barker la braqueuse, ça peut te donner une idée. Ma a 55 ans. Depuis son cancer ses seins ont disparu, mais pas son sale caractère, dieu merci.
En 2013, Carlo le carcinome est venu bouleverser un peu sa production quasi-industrielle de confitures maison, et le reste de sa vie aussi. J’ai suivi les différentes étapes, j’ai partagé une partie de ses angoisses et colères, via son blog de cuisine qui s’est mis à parler beaucoup moins cuisine.

J’ai pas été très présente, très soutenante, j’ai surtout vibré silencieusement. Je crois que depuis Claire j’ai un peu peur de m’attirer l’étiquette de la bonne copine qui est là pour soutenir les malades, oh et puis quoi cet été on organise un twitt-apéro à Lourdes, c’est ça ?

Quand des gens valides découvrent le monde de la maladie, c’est quitte ou double. Les premiers me disent « Ohlala c’est fou comme on est handicapé avec un bras dans le plâtre ! On se rend pas compte hein, mais du coup je comprends un peu ce que tu dois vivre. » HIN HIN HIN.
Et puis il y a les autres qui disent juste fuck, et ceux-là j’ai envie de leur sauter au cou.

Quand tu te cognes un handicap depuis à peu près toujours, tu nais avec le fuck au bord des lèvres. C’est fatiguant et pas toujours joli-joli, mais c’est bien à coups de fuck qu’on garde le cap, qu’on reste dans le camp des vivants. L’autre camp c’est pas le camp des morts mais le camp des résignés, des chosifiés, des patients, le camp des leçons de vie qui ont toujours le sourire, sont tellement courageux et ne disent jamais, au grand jamais, fuck. Ce n’est pas la maladie qui t’attire vers ce camp, c’est l’armada de médecins qui te surplombent de toute leur hauteur, et la foule judéo-chrétienne qui te pousse sur un piédestal. Sois belle, souffre et tais-toi. Il faut trouver l’équilibre dans tout ça. Et des fois on s’oublie, on plie un peu, on commence à prendre la forme du moule qu’on nous tend… Avant de trouver la force d’un nouveau fuck salvateur.

http://fuckmycancer.fr/wp-content/uploads/2015/04/couverturefayard-188x300.jpgMa ne dit pas « Docteur », mais « Monsieur », surtout si elle est en colère. Ma écrit au grand monsieur « Je me permets de vous dire que je n’ai jamais laissé personne m’infantiliser et me priver de mes droits à prendre les décisions engageant ma vie ». Elle lui dit aussi « Le CLI n’affectant pas mon cerveau ni mes capacités intellectuelles, il ne changera rien à mon statut de personne ni à mes facultés de raisonnement logique. Quand je suis confrontée à une argumentation solide, je suis capable de comprendre mon interlocuteur. » puis « Recevez l’expression encore intacte de ma considération ». Ces trucs qu’on aurait si souvent dû crier. Ma me donne envie de continuer à dire fuck chaque jour qui viendra, et me donne envie de lui sauter au cou. Je me réjouis de le faire en vrai dans une poignée de jours.

 

J’ai l’impression que cet article n’a ni queue ni tête, mais bon, Ma elle a pas de seins et on lui dit rien, alors… FUCK ! <3

 

Bande son : « Les gens raisonnables » de Mickey 3D. (album « Tu vas pas mourir de rire » Hin hin hin bis)

 

Published inVrac

2 Comments

  1. Stendec Stendec

    Putain… ! Des billets comme ça, c’est du miel à lire.

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