Skip to content

Mois : août 2017

Je ne vous ai pas écrit

« Connais-toi toi-même » comme dit Socrate. C’est pas une question de développement personnel baba-cool, c’est juste la meilleure façon de gruger son cerveau. Ça c’est moi qui le dis. Ça fait assez peu de temps que je me connais, mais ça a drôlement changé la donne.

En matière d’écriture, ça a toujours été compliqué entre moi. Parce que c’était facile et qu’on me disait « T’écris bien, tu devrais écrire. » Si j’écris bien ? J’en suis fort aise. Moi farouche aux compliments, celui-là étrangement je le prenais de bon coeur. Puisque je m’amusais tellement à écrire (et même à me relire des fois, han), c’était crédible. Par contre la suite, oh la tuile, oh l’angoisse. « Tu. Devrais. Écrire. » Non mais arrêtez, en vrai je sais pas « écrire », écrire quoi, comment, hé c’était une blague, une imposture, je suis juste capable de raconter des trucs qui m’arrivent en vrai. J’écris pas mal mais je sais pas ÉCRIRE, quoi.

J’ai essayé, je le jure, mais je ne savais qu’écrire À.
À vous sur le blog, à mes interlocuteurs par mail. Pourvu qu’on me renvoie la balle, je frétille et monte encore d’un cran, je peux en écrire des kilomètres. Et je ne m’en prive pas. Sur les réseaux divers, je jubile à trouver la juste formulation. Oui ok, j’ai un petit faible pour les mots, je crois qu’ils me le rendent pas mal, mais c’est pas pour autant que j’écris hé, t’es fou.

Comme je suis joueuse et un peu tordue, je recherche la contrainte, elle me stimule et me libère. Je m’amuse pas mal en ateliers d’écriture, à la fac ou en ligne. (Ça n’existe plus je crois, mais quel dommage…) Parce qu’une contrainte, c’est avant tout l’occasion de la détourner en ricanant, la prendre à contre-pied, et donc amuser la galerie de mes camarades écrivants. Ouais, encore perdu, j’écrivais là aussi « pour » quelqu’un.

Mais lâche moi toute seule devant mes pixels blancs, et rien. Que dalle. Pas la queue d’une mirabelle. J’écris des trucs en me faisant violence. Alors évidemment, c’est nul à chier, et d’un profond ennui, je baille, je m’en veux, je suis vraiment nulle, c’est pas pour moi, je sais pas écrire.

Mais comme j’aime bien me faire du mal, je me suis quand même mis la pression en collant ça dans mes résolutions 2017. Écrire, au kilomètre, n’importe quoi, mais écrire régulièrement, écrire plus, comme un jogging.

J’essaye d’écrire des trucs professionnellement, je m’arc-boute, je sue à grosses gouttes, je me sens pas super à l’aise dans ces godasses.

Depuis que mon « journal de méditante » a dévié du thème, j’ai quand même pris l’habitude d’écrire mes élucubrations égocentrées, par devers moi, quasi-quotidiennement. Parce que ça déborde souvent, que ça ne regarde ni n’intéresserait personne, et que c’est finalement assez instructif dans la compréhension de quelques vécus, avec l’intérêt que ça peut avoir de relire ça à froid. Mais bon ça n’a rien de littéraire (même si des fois j’y glisse des blagues, et je pouffe un peu en me relisant). D’ailleurs je ne manque pas une occasion de m’y moquer de moi en de très ironiques « cher journal ». Bref. C’est peut-être quand même la première fois que j’écris quelque chose sans le destiner à être lu par quiconque. Mouais.

Mais c’est pas ECRIRE ça, allez allez, on se retrousse les manches !

Minka, qui a souvent le même fonctionnement que moi, peine aussi à écrire régulièrement, et un jour elle a cette formule que je trouve géniale : « Comme j’arrive pas à marcher, je vais courir un marathon. » Et bam, elle fait le NaNoWriMo, et bim elle écrit un roman en un mois. Haaaan, je l’admire, je l’envie, je suis persuadée que c’est ça qu’il me faudrait aussi, il faut que je pousse la barre encore plus haut, par le pouvoir de la contrainte toute puissaaaante !…

J’ai suivi le Mooc assez ragaillardissant de Martin Winckler « Écrire de la fiction ». Ouais, ça redonne confiance, ça redonne envie ! \o/

J’ai une énième fois fait un relevé minutieux de tous les concours de nouvelles à la ronde, consigné ça de façon obsessionnelle, et hop, je saute. Et ensevelis moi de contrainte surtout, si je peux respirer à ma guise ça n’a aucun intérêt. Il faut me STI-MU-LER. Choisis un thème pour moi ! Toi rajoute-moi un critère de contrainte ! Et toi encore un, oui, oui, je sens que ça vient ! C’est pas que je manque d’idées, bien sûr, c’est juste pour ne pas m’ennuyer à la tâche. Évidemment il faudra que j’y glisse un clin d’oeil pour lui, et puis pour elle (je vous rappelle que j’écris pas pour personne), et puis évidemment glisser une référence à Goldman au cas où, et puis, oh oui tiens faut que j’y mette ça, ça fera untel ! Enfin j’espère. Doute. Réajustements multiples. Choix du lieu. Wikipédions la région de fond en comble, rien ne doit être laissé au hasard. Idées de persos, mais je dois évidemment envisager leur généalogie sur huit générations. Et le thème du concours, ah. Il faut évidemment que j’élimine la façon évidente de le traiter, les deux et troisième aussi, pour enfin trouver une approche unique pour le détourner, hé je vais quand même pas faire comme tout le monde, il faut surprendre le jury, se démarquer, sinon je m’ennuie. (Oui c’est sûr que jusque là, avec tout ça, je m’ennuie…) Alors pour organiser tout ça, je me mets au mindmapping, mais évidemment il faut que je lise plein de trucs à ce propos, et faire un comparatif approfondi de plein de logiciels. J’en choisis deux (?…) et je fais des arborescences hyper poussées des différents clins d’oeil à faire (oui, c’est mon tout premier matériau…) et je fais des flèches dans tous les sens pour voir comment les relier entre eux. L’histoire ? Ah oui, évidemment l’histoire me pose un peu problème, puisque j’exige qu’elle résolve tous les mystères de l’univers, et que non, 42 ne me satisfait définitivement pas. Et puis distiller tout ça sous forme d’énigmes sibyllines, c’est la base. Sans négliger le plot-twist qui retournera complètement le récit…
Oui, on parle bien de rédiger une nouvelle de deux-trois pages, pourquoi ?…
Je suis foutue comme ça, depuis toujours, faudra bien faire avec.

Tu.

Devrais.

Écrire.

Non mais dégagez avec vos attentes folles, vous ne vous rendez pas compte de ce que vous me demandez, j’ai pas les épaules pour ce genre de montagne. -₋-

Il y a un mois, je me suis retrouvée avec sa race d’énergie, mais sans savoir quoi en faire, et clairement besoin de me changer les idées. (Je vous passe les détails, j’ai mon cher journal pour ça, hin hin)

Je tombe sur un tweet qui parle de s’astreindre à écrire 750 mots par jour. L’article sonne un peu trop développement personnel bullshit à mon goût. Il faudrait vider son sac au réveil chaque matin, sans censure ni auto-critique… Mouais, les élucubrations nombrilesques ça va, je sais déjà faire et je suis pas sûre d’avoir envie de remuer mes sentiments davantage…

Mais j’atterris quand même sur le site 750word.com. Et là haaan, mon cerveau clignote de partout. Qu’eeest-ce qu’il est con mon cerveau… Il m’afflige souvent, mais je fais avec. Je l’ai compris et appris à l’utiliser, il est comme un gosse devant les tirettes parce qu’il a repéré :
– Un compteur de mots
– Des petites croix qui s’alignent dans une barre de progression
– Des statistiques : Tant de mots aujourd’hui, ce mois, à la minute, par rapport aux autres membres, combien de distractions…
– Des points et badges si tu fais ton travail régulièrement.

751
Non mais regarde moi ce grand dadais qui réclame sa sucette chez le dentiste ?! Méga facepalm…

N’empêche, il est 22h, et j’attends pas demain matin pour commencer, je veux mon badge, moi, hiiii !
Je jette mes 750 mots à toute vitesse. C’est un peu des élucubrations, mais j’essaye de les rendre plus « extérieures ». Ça fait un bien fou, pendant 3/4h j’ai laissé coulé. Vivement demain.

Le lendemain, j’essaye de garder le cap « histoire » plus qu’élucubration. Je tente un portrait. Portrait d’une vraie personne, évidemment. Je le brosse pas mal mais je ne m’autorise pas à décoller du réel. J’ai fait le tour du bonhomme, et il me reste 200 mots à tirer. Bon allez je tente un truc. Je le colle sur sa mobylette et je le pousse dans la rue sans savoir le moins du monde où je vais l’emmener. « J’aurais du mettre un Kway se dit-il ». Et c’était parti. J’ai fait plus que 200 mots, et tout ce qui clignotait dans mon cerveau, c’était pas « J’VEUX UN PINS » mais waow, j’avais compris. J’avais trouvé la porte cachée !

giphy

Après, c’était facile et exaltant. Jubilant. Je choisissais une bricole, un détail, un rien du tout. Un trait de caractère, ou un décor, ou un objet. Une situation banale. Je ne cherchais pas à en faire quoi que ce soit, je les posais là et je regardais juste les mots se dérouler en écarquillant grand les mirettes. J’écrivais des trucs qui n’existent pas, sur des gens qui n’existaient pas ! Cette liberté totale, que je ne m’étais jamais accordée.
Un personnage sur une route. Bon qu’est-ce qu’il y a autour. Une maison là-bas, il va y aller. Ah tiens, il voit ça, tiens il pense à un truc marrant, il se dit que. Ah mais y a quelqu’un ici, changement de programme.
Des fois il ne se passe vraiment pas grand-chose, mais souvent c’est agréablement surprenant. C’est un peu comme jouer aux Sims en fait, je crois. Tu mets quelques pièces dans le juke-box et après tu les regardes évoluer.
Bien sûr qu’il y a beaucoup de moi dans tout ça. Mais de façon assez sibylline à mon goût. Et donc jolie et éclairante.

Au bout de 4 jours, j’ai bien vu le grand cheval de mes travers naturels revenir au galop. Ah ouais c’est bon ça y est j’ai compris, j’ai chopé le coup de main, je peux en faire quelque chose, revenir à mes nouvelles et autres projets pharaoniques,. Je me suis équipée d’un logiciel d’écriture presque pro (T’as deviné, il inclut une fonction « statistique »), repris mes archives, envisagé deux ou trois autres projets simultanément et…

Ola pupuce on va se calmer un peu, je crois que t’as rien appris du tout… C’est là que j’ai décidé que ça serait un défi sur 30 jours et que j’allais m’y tenir. Ne pas relire ce que j’écrivais, me foutre des fautes d’orthographe. Écrire vite, écrire 30 bouts d’histoires pour PERSONNE. M’interdire de réfléchir à en faire quoi que ce soit, verrouiller cette phase comme une parenthèse. Écrire juste pour la découverte et le plaisir de cette nouvelle fonction que je me découvrais.

J’ai tenu. Et j’en suis super fière.

750

Je n’ai jamais ressenti de gratification pour aucun test ou diplôme validant mes compétences ou connaissances. Ni pour avoir transcendé mon handicap hin hin. Aucun mérite quand c’est facile. Je crois que je n’ai été fière de moi que deux fois : pour avoir appris à méditer (comme quelques milliards de personnes ouais, et alors ?) et là. Pour mes 30 bouts d’histoires débilos.
Être meilleure ou moins bonne que les autres ne m’intéresse pas une seconde, mais être meilleure qu’avant, OWI ! \o/

Fière pour l’autodiscipline déjà. Moi qui ne me tiens à rien, qui n’ai aucune constance, j’ai tenu bon, et c’était pas facile tous les jours. J’ai fait mes 30 piges, et sans tricher, j’y ai même pas pensé ! Oui bon d’accord j’y pensé, mais je l’ai pas fait. J’ai rempli mon contrat même les jours débordants, même les jours exténués. Même les jours où j’écrivais quelques autres milliers de mots dans d’autres contextes. Ces 750 là passaient avant tout. Quitte à me lever plus tôt, quitte à finir à minuit moins cinq (Attention la clepsydre !), quitte à arriver en retard partout.
Mais un seul manquement, et le compteur de jours serait retombé à zéro alors tu vois bien, je pouvais pas.
Au début c’était flamboyant. Les 10 derniers jours étaient un peu poussifs, je m’ennuyais et ça se voit  un peu à la relecture, mais ils ont aussi produit quelques jolies surprises. Quand je manquais d’idées, je décidais de reprendre un précédent bout d’histoire, et je retrouvais mes personnages avec un délice inédit, comme de vieux copains. Ça vous fait ça aussi avec les Sim ?

Fière du résultat aussi. D’avoir écrit pour personne. Même pas vraiment pour moi. C’est improvisé, ça ne va nulle part, il ne se passe rien hein. (j’exagère, l’autre jour j’en ai une qu’a réparé un radio-cassette, han c’était chauuud !) mais je crois que c’est pas grave, que c’est bien. Que c’est vraiment bien à lire, en fait. Je crois que j’ai jamais écrit des trucs aussi bons. Quand on arrête de vouloir construire des cathédrales, finalement…

Oh, il y a évidemment des thèmes et des schémas très récurrents, je ne sais pas si un éditeur en voudrait, mais je suis sûre qu’un psy se régalerait de ces écrits trop intuitifs pour être sous contrôle. ^^ Hier j’ai relu l’ensemble. Comme je suis pas complètement guérie, j’ai commencé à corriger les fautes et faire une analyse de contenu, répertorier soigneusement les thèmes redondants et le nombre d’occurrences… Hem. J’ai arrêté à mi-parcours. Lâche les freins, on avait dit.

Je ne sais pas encore ce que je vais faire de cette nouvelle fonction cachée que je me découvre enfin. Continuer à écrire bien sûr, autrement.
Je vais arrêter les 750, parce que ça me prenait du temps que je vais injecter ailleurs (et aussi parce que le site devient payant après 30 jours, huhu) mais je vais essayer de continuer à pratiquer ce genre de jogging « pour rien », peut-être avec moins de mots, juste pour garder la main.
Je reprendrai peut-être mes nouveaux amis imaginaires ailleurs, autrement, ou retravaillerai peut-être cette base là, je ne sais pas et je ne suis même plus pressée de le savoir.
Et même, si je n’en fais rien, c’est pas grave.

J’ai plein d’autres choses sur le feu, mais on va y aller tranquillement, tout petit, sans pression, pour personne.

Bref, je sais écrire.