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Mois : mars 2013

Assistance sexuelle non merci : baisez-nous sans formation

Ca fait un petit moment que le sujet gronde dans le petit monde du handicap, et moi aussi je gronde dans mon coin, en entendant toutes ces conneries. Ces jours-ci le débat sur l’assistance sexuelle est relancé par le film « The sessions » qui vient de sortir (et ne va pas tarder à rentrer à mon avis), alors je crache ma Valda.

 

Comme à mon habitude, je ne suis pas d’accord avec plein de choses. Alors je vais commencer par ce qui nous met d’accord. Oui, il y a certainement un problème dans l’idée que se font les valides de notre sexualité. Non, ils n’en parlent pas, car ils ne pensent même pas qu’elle existe. Du coup, ils se contentent de nous caresser la joue avec pitié, plutôt que de nous draguer avec désir. On peut se demander pourquoi on arrive pas à décoller de cet apitoiement (merci le Téléthon), on peut essayer de foutre en l’air ce tabou, et leur expliquer manu militari la puissance de notre sex appeal. On peut aussi discuter des barrières, physiques et psychologiques, qui retiennent les handis d’aller draguer, eux, les personnes plus ouvertes (car il y en a, bien heureusement). Donc le débat n’est pas vain. Il est même très intéressant.

 

Par contre, ce projet d’assistance sexuelle me hérisse pour plusieurs raisons, je vais m’arrêter aux deux principales.

 

– Intellectuellement, je ne comprends pas comment on peut séparer cette question de celle de la prostitution. Faut pas jouer au con, des prestations sexuelles tarifées c’est quoi ?

Alors les valides peuvent aller en cachette chez des prostitués, certes, mais c’est interdit. Les handis semblent avoir plus de mal à trouver des prostitués disposés à les manipuler, ok. Mais en cherchant bien ça m’étonnerait que ça ne se trouve pas. Résultat, on demande de légaliser mais seulement pour les handis ? Sérieusement ? Parce que la misère sexuelle, pour un valide, c’est moins grave ?

Je suis plutôt pour la prostitution. Je ne la vois pas comme une absolue nécessité pour la société, mais je ne vois aucune raison de l’interdire du moment qu’elle est pratiquée de façon indépendante, volontaire, réfléchie, saine. Un cabinet de massage, ou un cabinet de sexe, n’ont-ils pas les mêmes but ? Soulagement du corps, des tensions, pour un peu de plaisir et de détente ? Bah, de quoi on se mêle ?

Dans ce cadre là, oui, bien sûr, je trouverais indispensable que les handicapés puissent accéder à ce service, bien sûr, pourquoi pas mettre en place des formations ou sensibilisations au handicap. Mais tant que la prostitution est interdite, je me battrai pour qu’elle le reste aussi pour nous.

Ah oui parce qu’en plus j’ai oublié de vous dire, mais dans l’assistance sexuelle prévoit d’exclure la pénétration de ses prestations. Genre on te chauffe bien et salut. Oui ben PARDON, mais moi si je fais appel à un escort boy c’est pas pour jouer à la dînette. J’ai même lu un assistant sexuel qui déclarait « Mais je les laisse JOUER avec mon pénis ». Et certains se battent pour accéder à ça, maaan dieu.

 

– L’autre chose qui me dérange profondément, c’est ce que va retenir le valide lambda de toute cette histoire. Quand je pense à ça, ça me fait plutôt honte, et je sais que je ne suis pas la seule à ressentir ça. Pas la honte d’avoir des désirs sexuels, bien sûr. Mais la honte qu’on puisse imaginer que ça serait la panacée pour nous.

Déjà, le valide lambda, bercé de charité chrétienne va se dire « Oh, je suis pas trop pour la prostitution, mais quand même les pauvres, ils n’ont déjà pas une vie facile, est-ce qu’on peut leur refuser ça ? Allez, on va faire un geste, ça leur mettra du baume au coeur ». Oui, je le connais pas mal le valide lambda, il dira ça. Et une fois qu’il aura dit ça, évidemment il ira se coucher avec sa bonne conscience, et ne se demandera toujours pas pourquoi il ne drague pas cette meuf en fauteuil méga bonne.

Ensuite le valide lambda, qui n’avait jamais même imaginé pouvoir coucher avec un(e) handi(e) découvre directement que « ouhlala, ça a l’air compliqué de toucher un corps handicapé, on risque de leur faire mal, de les casser, puisqu’il faut un formation spécifique pour ça ! »… Ah là forcément, ça va lui donner super envie de me draguer, au valide lambda. (oui, la meuf en fauteuil méga-bonne sus-citée, c’était potentiellement moi:-)) Alors ouvre tes écoutilles et regarde moi bien, valide lambda : Il n’y a absolument pas besoin de connaître la génétique pour me baiser, je te montrerai. C’est la seule chose que tu dois retenir de tout ce tintouin.

Et si les handis et leurs grosses assos dépensaient leur énergie à promouvoir ce message, plutôt que l’établissement d’un « service sexuel adapté », ben CA, ça ferait avancer le schmilblik. Parce que là, si ce projet passe, pour une poignée d’handis soulagés sexuellement (enfin à moitié, je le rappelle), c’est des millions d’handis qui devront lutter encore plus fort contre les préjugés qui auront été renforcés par ce « privilège ».

 

Voilà. Merci d’essayer de nous aider, mais on va vous apprendre à mieux nous aider, bisous.