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Don't tripotte me, merci

Face au corps handicapé, il y a plusieurs attitudes.

A un bout, on a des connaissances, même proches, qui gardent une distance respectueuse inaliénable, et ne se permettent pas trop de vous toucher, de vous chahuter, parce que bon, quand même, on ose pas trop, on sait pas trop. C’est un peu agaçant mais pas bien grave.

A l’autre bout, des inconnus trouvent approprié de venir vous papouiller. C’est TRES agaçant et CARREMENT grave.

Gamine, ça a dû m’arriver souvent. Je veux dire, comme tous les gamins qu’on trouve mignons et dont on éprouve le besoin de pincer la joue. Je n’éprouve pas ce besoin personnellement, mais bon, c’est pas un comportement rare. Sauf qu’on a dû me le faire beaucoup plus souvent, et beaucoup plus longtemps qu’ordinairement.

Pourquoi ? Ben parce que j’étais handicapée pardi. L’association d’idées qui amène au besoin de me toucher, je la comprends pas bien, je dirais « oh la pauvre petite, sa vie n’est pas drôle alors je vais lui apporter du réconfort », mais je me prononcerai pas, demandez plutôt aux tripotteurs.

Maintenant ça va mieux. Parce que j’ai 31 ans et que je me vis comme telle, je veux dire je porte plus de couettes, je tiens pas la main de la personne qui m’accompagne, je mets pas de Tshirts Dora, et je machouille rarement des carambars en public. Je pense que j’ai un peu l’air d’une adulte quoi.

Et pourtant, pourtant, je n’ai-aime que toi, ça m’arrive encore.

Ca m’arrive trop souvent, tellement c’est difficile à digérer. Mais objectivement ça ne m’arrive pas très souvent, moins d’une fois par an je dirais. Et du coup, ça me sidère tellement, à chaque fois, que j’en reste baba, je ne sais absolument pas quoi répondre à ça. Vraiment, je n’ai pas le temps de me dire « oh fait chier, pour qui il me prend, blablabla », je reste juste scotchée à me demander « Mais…? J’ai rêvé ?… Il a vraiment fait ça ?!… »

La dernière fois date de quelques jours, nouvelle sidération, pour une scène d’une banalité dramatique.

En sortant de chez ma tante, avec ma mère, une voisine est dans son jardin. Ma mère s’arrête pour lui dire bonjour, visiblement elle la connaît (pas moi). La dite voisine a sûrement entendu parler de moi par ma tante, par ma mère (PAS MOI, je ne la connais PAS).

Après avoir embrassé ma mère, elle se tourne vers moi, je lui adresse un bonjour poli. Elle s’approche de moi, et vient me faire la bise. Soit. Déjà là, je suis certaine que mon frère, solide gaillard aurait eu un bonjour de loin, au pire une poignée de main timide. Bref. Bien sûr c’est là que la tuile me tombe dessus : la voisine veut vérifier la douceur de mon épiderme, et me caresse langoureusement la joue.

Deux petites secondes, le temps pour ma bouche de s’affaisser, mes yeux de s’arrondir, mes sourcils de se circonflexir, ma babine de se relever avec dégout, mais la voisine a fini son méfait et s’est déjà détournée pour reparler à ma mère. Et je reste seule avec ma babine relevée et mon égo ravagé.

Ce geste « gentil » est d’une telle violence, je sais pas si vous ressentez ça. Je me sens comme un chaton roux en trop qu’on va piquer. Oui mais gentiment.

Published inHandivagations

13 Comments

  1. Sandrine Sandrine

    Une hystérique s’est un jour jetée sur Paul en me disant « j’adOOOOOOOOOOOOOre les enfants ». Paul ne comprenait rien. Je lui ai dit. Sa copine à côté avait l’air gêné. Ya des baffes qui se perdent.

  2. Avec Maude, on en est encore à l’étape « caresse sur la joue » mais ça m’agace déjà profondément, et alors la réaction de Maude, c’est quelque chose, elle déteste ça et envoie bouler les gens… Alors en tant qu’adulte, j’imagine ta sidération, quelle c….rie !

  3. Mimi Mimi

    Bon, tu vas dire que ca n’a rien à voir, et que ca tient du bon sens.
    En fait, sur le 2e semestre de ma formation, on a eu un cours sur les personnages âgées et un autre sur les associations du social. Comme ce sont des professionnels qui interviennent, ces deux femmes ont pu parler de situation qu’elles sont rencontrées et vécues. Et justement, cette histoire de toucher, c’est souvent revenu, avec l’idée de bien insister sur les ressentis comme la gêne, l’agression, donc le non respect du bien être des personnes. Alors comme je disais, pour toi, ca doit relever du bon sens, et je t’avoue que j’aimerai pas qu’on me touche sans raison, et que je ne le fais pas non plus (je suis déjà pas pr la bise à tt bout de champ alors lol) mais je me rends compte qd meme que ca ne coule pas de source pr tt le monde.
    Alors je te dirai, ouvre donc la bouche et dis « nanméoh, c’est doux, c’est neuf mais y’a pas écrit mirlaine hein »
    Et là, je me marre toute seule lol Et je pense bien que je suis la seule que ca fait rire, c’est pathétique lol
    Des bisous!

    • Ouais, tout ça met en jeu les différents âges.
      A l’âge de Paul ou Maude, c’est vraiment saoulant, mais encore relativement « dans la norme ».
      A mon âge, c’est questionnant : hé madame, je renvoie vraiment l’image d’une môme de 5 ans ? Je pensais à mon âge, au statut qui va avec. Je rêvais soudain d’avoir fait des études de médecine, et de me retrouver face à elle avec mes 31 ans, ma blouse blanche, et l’annonce de son cancer (en fait j’ai aussi imaginé lui faire une coloscopie sur le coup, j’avoue), et je me demandais si dans cette situation, elle aurait eu envie de me caresser la joue. Je pense que mon âge aurait pris du grade, d’un coup.
      Et là, je me suis mis à penser au jour où quelqu’un de plus jeune que moi me caresserait la joue. Je crois que ça me fendra en deux, et je pense effectivement à tous ces vieux qui se laissent infantiliser, et je hurle pour eux… :-/

  4. Hanan Hanan

    Au lycée, j’avais 17 ans, dans le cadre du télethon, un prof avait posé sa main sur mon épaule devant les copines. Et ça m’avait fait bizarre, affreusement dérangée. Les yeux exorbités, j’ai regardé Sa main sur Mon épaule et je me disais « c’est quoi ce truc, qu’est ce qu’elle fout là,… » Je l’ai trouvée extrêmement lourde et pas à sa place du tout. J’ai rien su répondre tellement j’étais sur les fesses :p. En tout cas, les copines m’ont vannée sur le sujet toute l’après midi.

    • Pfff j’imagine bien, le pseudo geste gentil, alors que t’as besoin de tout sauf de ça ! Et quand t’es ado en plus, ouille…

  5. Clea Clea

    T’es pas la seule, ça arrive même aux sourds… une fois, une collègue de travail, que je ne connaissais pas plus que ça, m’a caressé les cheveux ! J’en suis restée interloquée…
    Une autre m’a carrément touché le bras d’une manière appuyée et franchement glauque en me parlant de très très près (son visage à 5 cm du mien) « pour que je la comprenne mieux »… Le pire, niveau infantilisation, c’est certains médecins, je ne sais pas s’ils ne font ça qu’aux sourds, mais le sentiment d’être prise pour une arriérée mentale (sans vouloir insulter les handicapés mentaux) est vraiment très fort.

    • Ah oui, j’aime beaucoup la caresse des cheveux, c’est énorme, ça aussi, comme geste intrusif !
      C’est dingue, avoir comme si un problème physique (ou sensoriel bien sûr) rendait notre corps disponible, comme si ça levait des barrières… Enfin j’en sais rien, je comprends vraiment pas ! :-)
      Et pour certains professionnels de la santé, ça n’est pas réservé aux sourds, non. Je pense que tu subis plus le côté « elle ne m’entend pas donc elle ne me comprend pas », moi ça serait plutôt le côté « Ah mais mademoiselle j’ai fait 10 ans d’études pour comprendre votre maladie, vous ne pouvez pas savoir, je vais vous expliquer ce que vous vivez et comment vous devez le vivre ». Ce qui aboutit toujours au même constat : « prends moi pour une conne »… :-)

  6. Valérie Valérie

    C’est très choquant ! Enfant c’est insupportable déjà, adulte j’imagine que c’est pire. Il faut croire que ça peut concerner aussi les enfants non handicapés, ma fille a droit aux caresses sur les cheveux mais elle ne se laisse pas faire. Pour les médecins je confirme ils sont comme ça avec tout le monde…

  7. Je découvre ce blog « à cause » de fiocree
    …juste une anecdote : j’ai le bras dans le plâtre depuis 20 jours et c’est tous les jours que les gens me parlent « keskivouzétarrivé » (bein, je suis tapée sur le bras avec une massue), « vous avez besoin d’aide ? » (dans la file d’attente de toilettes publics : aaaaaaah t’approche et non pas plus que chez moi)1/2

  8. y a juste un vieux monsieur qui m’a fait sourire en me disant en souriant d’arrêter de me battre

    bon, tout ça pour dire qu’effectivement, les gens sont exaspérants à vouloir être gentils qd on se ballade tranquille et qu’on veut rester autonome

  9. aurelie aurelie

    j’adore l’image du chaton en trop…
    Dans le genre intrusif, y a aussi tous ces gens qui tâtent le ventre des femmes enceintes, sympa… Surtout quand ils ajoutent à la fin : « faut que j’arrête, il parait que c’est contagieux hainhainhain (rire idiot) ». T’as qu’à lui dire ça à la dame : « Fais gaffe, madame, c’est contagieux », et raconte nous la mine déconfite de la voisine…

  10. Marguerite Marguerite

    Je découvre ton blog et je dis bravo à qui tu es et ce que tu écris !
    Continue surtout ! Ne t’arrête pas…jamais !
    Merci.

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