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jan 05

Et l’insécurité surtout !

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Ça me gratouille depuis longtemps cette histoire d’insécurité. J’ai jamais bien compris le concept, où ça commence, où ça s’arrête. La réalité et le fantasme. Le rôle des médias et politiques dans tout ça.

 

Et puis les derniers attentats et ce refrain tout le temps partout. « C’est terrible, on est plus en sécurité nulle part ! ». Ah bon c’est nouveau ? On le découvre ? Ça me rappelle la photo de ce gosse migrant, le visage dans le sable, qui a visiblement fait prendre conscience à certains que oui, même des enfants mouraient. On vous le disait mais il fallait vous le montrer, ok, soit.

Mais on peut être sensés deux minutes et se rappeler que la vie est, a toujours été, et sera toujours précaire ? Les avions ont toujours eu plein de bonnes raisons de mal finir, Les voitures encore plus. Quand le Sida ne tuait pas c’était le choléra. On avait souvent le même métier toute sa vie, oui, mais on mourrait à 45 ans. Les couples duraient toute la vie, oui, mais on choisissait et aimait rarement l’Autre qui partageait notre lit. Les brigands ont précédé les racailles, les nazis ont précédé les terroristes. (Give me my point) La mort et la violence, c’est pas tout à fait des innovations.

Sapristi la vie n’est pas SURE ! Maintenant que c’est dit on ne peut pas essayer de faire avec ?

 

Je vais m’arrêter avant d’avoir l’air de juger ou mépriser ceux qui ont peur, ceux qui le découvrent, loin de moi ce propos.

 

Moi j’ai toujours pas peur.

L’hypothèse un peu trop facile c’est que quand on a une santé vacillante, on a la chance de grandir avec cette conscience aiguë de l’impermanence des choses. On sait que la liberté ça se gagne avant tout dans la tête, on profite mieux de chaque instant, parce qu’on sait que même des enfants meurent et que des fois la vie se fout bien de notre gueule. (Ça ne se voit pas encore mais je suis en train de vous souhaiter une bonne année, là, tenez bon on va y venir. ^^)

Mouais. Je crois que ça n’est qu’un infime facteur.

Je crois plutôt que la sécurité, peu importe les événements, c’est un truc en nous, qui se construit depuis tout petit mais aussi tout au long de la vie. C’est un maillage plus ou moins solide, plus ou moins serré, qui fait que si tu tombes, tu sais sur qui et sur quoi tu pourras compter pour amortir ta chute, embrasser tes bobos, te relever. Et la matière première de ce filet de sécurité c’est avant tout de l’humain, des parents qui ne merdent pas trop, un frère qui fait le guignol, mais aussi un instit, des copains, et quiconque croise nos routes avec un peu d’intérêt. Ça peut reposer sur peu de piliers, parce qu’à partir de ça c’est à nous de prendre le relais en sécrétant nos propres brins de soie. Des passions, des idées, de l’amour. On mutualise aussi nos toiles.

J’ai cette chance.

 

Il n’y a pas de vœu qui m’agace plus que « Et la santé surtout ! Parce que quand on la perd on a plus rien ! ».

 

Je vous souhaite de savoir perdre la santé, l’argent, et peut-être même des gens aimés, en tombant sur un maillage de soie.

Je ne vous souhaite pas de ne pas chuter, je vous souhaite de rebondir.

Je vous souhaite d’affronter l’insécurité , l’impermanence, le risque, l’incertitude, la perte, et de réussir à en faire du beau.

Parce que c’est dans les parenthèses, les ellipses, les silences qu’on a l’occasion de grandir. Pas pendant qu’on se tasse sur nos peurs. Ne vous retournez pas, mais vous êtes suivi, quelqu’un sera là pour bécoter vos bobos. C’est dans les interstices que se chuchote l’éblouissant, que se tricote l’incongru, que s’apprend l’improbable.

 

Allez, on s’aime et on se met au tricot.

Bonne année, bonne santé. Et l’insécurité, surtout.

 

In Vrac

déc 13

La poulette de batterie et les allumeurs de réverbères

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Tu te souviens quand je disais que je changeais beaucoup, que mes bases foutaient le camp et que j’observais tout ça sans comprendre mais avec un grand sourire aux lèvres ? En fait j’ai compris et je vais essayer de t’expliquer. Je crois que ça tiendra pas dans un article cohérent tellement ça bouillonne. Mais c’est bien, tu vas voir. <3

 

Acte 1 : Allumeurs de réverbères

 

En fait ça n’a pas commencé à changer quand j’ai teint mes cheveux en bleu, mis des robes ou fait du parapente, mais quand je me suis inscrite sur OkCupid vers avril. Oui, c’est un site de rencontre mais cet article ne parle pas d’amour même si cette histoire en déborde plus ou moins. Je me suis toujours sentie super mal sur Meetic et consorts, mais ce site c’est ma maison, c’est différent et plein de gens lumineux. Je n’y ai pas trouvé le prince charmant (le cherchais-je vraiment) mais quelques types à l’esprit éblouissant, foutrement intelligents. Je ne parle pas de cette intelligence fadasse du type réussite-performance, mais de celle, très aiguisée, qui rend beau, drôle, humain, conscient de ses failles et de ses chances. Chers et précieux, un à un. (Merde, j’avais dit que ça parlerait pas d’amour mais je vous aime, les mecs.). Bref, on discute parce que oh la la j’ai de la chance, ils daignent me parler même si je leur arrive difficilement à la cheville. Je savoure ma chance et je me nourris de ces échanges qui fusent comme des comètes. C’est du sport, j’essaye de renvoyer les balles sans être trop ridicule, donner l’illusion. Je prends un plaisir fou à ce petit jeu, je jubile. L’illusion a l’air de marcher, ils vont même jusqu’à parfois insinuer que je pourrais avoir le même fonctionnement qu’eux, ah ah, c’est ça ouais, vils flatteurs . Il y a une simplicité dans tout ça. J’ai le droit d’utiliser des mots justes sans qu’on m’accuse gentiment de parler comme un livre, des mots jolis parce qu’ils seront appréciés, des sous-entendus juste esquissés parce qu’ils seront immanquablement entendus, et faire plein de jeux de mots très très pourris parce qu’ils excellent dans l’escalade du mauvais goût. C’est aussi stimulant qu’apaisant. On se teste, on se prête de bouts de cerveau, on joue au docteur, j’avance. Ils me poussent dans mes retranchements et je constate que le monde est plus grand que je ne le croyais.

« Nourris-moi », leur dis-je parfois, et je vous jure que c’est purement intellectuel.

Dans l’euphorie, j’accepte de mettre à bas cette minuscule carapace qui me restait, mais oui, cap, bien sûr, fastoche  ! Et là, méga-surprise. O_o Sous ce voile que je croyais léger, il y avait des montagnes de barricades. Ok. Qui se sont mises à tomber comme des dominos, au rythme des éclats de rire.

 

Acte 2 : Où l’on se jette à l’eau

 

Automne, repli, absence, réflexion, action. J’essaye de profiter de cette traditionnelle période de parenthèse pour intégrer ce qui ronronne. J’échange moins, je réfléchis plus. J’investigue de fond en comble sur le fonctionnement de mon cerveau, mais juste sous l’angle de la dépression saisonnière bien sûr, what else ? Et puis des petites gouttes d’eau décisives. « Tu es peut-être surefficiente » « … Ouais. » M’entends-je répondre. Google me fait cheminer. « Surefficiente » oui ça va, pour moi c’est l’image du moteur en sur-régime et je crois que je pense trop. Je me mets à lire beaucoup beaucoup de choses. Qui me parlent. Surdouée par contre non ah ah, lol quoi. Haut potentiel, l’expression est séduisante, ça ouvre à plein de possibles. « Zèbre » pas question, je vois ce terme comme un fourre-tout trop Caliméro pour moi, à l’effet Barnum prononcé. Je lis « Apprendre à faire simple quand on est compliqué« , puis un autre livre, tente un forum. Bon, les barricades s’éloignent encore. Ok. S’il fallait une dernière pichenette, sur OkCupid encore, je reçois « Oui bonjour, ton profil m’interpelle, je pense que tu es surdouée. » Mais… WHAT ?! :-D

Téléphone (« test », « je me demande », « éventuelle surdouance » Puis raccrocher rouge de honte, comment ai-je osé dire et même penser ça ? /o\). Premier rendez-vous stressant (« Je viens vous voir à cause d’OkCupid » Oui j’ai vraiment dit ça). Deuxième rendez-vous pour le test, moins stressant bizarrement, plutôt fun. Troisième rendez-vous de restitution. Réception de mon bilan, Des pages de chiffres, tableaux, courbes de gauss et rangs percentiles, qui valident l’hypothèse.

 

Acte 3 : Le premier jour du reste de ma vie

Pardon pour la formule éculée.

Retour chez moi avec un sourire niais scotché sur mon visage, heureusement je ne voyais personne ce jour-là. Je ne pensais pas que ça me ferait autant d’effet, vraiment. C’était il y a 15 jours et ça farandole encore dans ma tête.

J’aurais pu le savoir il y a très longtemps, mais je ne voulais pas. Mon hypothèse c’est que mon petit Moi avait déjà assez de différence à gérer et n’avait pas besoin de cette étiquette supplémentaire. Je suis contente de ne pas avoir eu à me la trimballer. Mais maintenant c’est différent, et qu’est-ce que c’est bien ! \o/ J’ai quand même une chance inouïe :

1) Je fais partie des gens qui pensent « plus fort » que 98 % de la population
2) Je le vis apparemment beaucoup mieux que la grande majorité de ces 2 % de surdoués ^^

Je crois que les barricades ont bien fini de tomber, mais les petites portes n’ont pas fini de s’ouvrir, je pousse des oh, des ah, c’est fabuleux. Je suis comme une gosse devant ma nouvelle vie. Ça ne change rien, et en même temps ça change tout. Je peux revoir TOUS les recoins de ma vie sous un éclairage nouveau, c’est super excitant, j’ai tout à construire, j’en chialerais de joie. Oui, ça fait ça aussi quand t’as plus de barricades. :-)

Parce que oui, j’aurais dû commencer par là mais plus qu’une question d’intelligence, c’est surtout, vraiment, un mode de fonctionnement, un câblage différent. Qui, si tu sais le manier, peut t’amener assez loin, mais tu peux aussi rester un gros naze toute ta vie. Mieux : tu en as tout à fait le droit. A la base, il y a ce qu’on appelle « pensée en arborescence », synonyme accepté : « C’est le bordel dans ma tête et ça m’épuise« . Une illustration chez Babeth. Et là vous êtes quelques uns (et je sais un peu lesquels) à vous dire « Oui ben rien d’extraordinaire, tout le monde pense comme ça. ». Faut que je vous dise un truc, ça fait bizarre, mais apparemment… Non.

Et cet influx électrique qui fuse dans tous les sens se ressent aussi hors cerveau, c’est tout un système nerveux en surchauffe (sauf mes moto-neurones, quoi. ^^), ce qui crée des hypersensibilités sensorielles et émotionnelles tout aussi fatigantes mais attachantes.  C’est apparemment ce qui rend pas mal de surdoués malheureux, en décalage, mais c’est aussi ce qui met des paillettes dans la vie. Moi en tous cas vous l’aurez compris, j’aime beaucoup. ^^

En 6 mois, même mon corps a changé de régime au passage : je dors comme un bébé (sans somnifères, alors que je ne m’en passais plus depuis 4 ans, 7h de sommeil me suffisent au lieu de 9-10, ce pied !), j’ai perdu 8kg sans savoir pourquoi ni comment, je suis beaucoup moins frileuse (non c’est pas anodin pour moi, et en plus j’aime bien le double sens), et… J’ose encore à peine y croire mais… La dépression hivernale, c’est fini. Je crois que mon cerveau bridé suffoquait littéralement. Maintenant qu’il est correctement nourri et oxygéné, je crois qu’il fera face. Oh avec des petites baisses peut-être, mais plus de cette façon abyssale qui me rongeait la vie. J’ai encore envie de chialer de bonheur, c’est d’un relou ce truc. ^^

Avant le test déjà, j’avais compris LE truc à retenir (du coup je n’avais pas peur que le test dise non : j’avais déjà la clé) : mon cerveau à besoin de ce genre de nourriture. Et moi j’ai besoin de ce genre d’humains. (Quand je regarde les gens qui m’entourent déjà, ça me fait sourire.)

Je ne sais pas exactement ce qui en ressortira mais ça me plaît d’avance. J’ai traversé cette formidable aventure en sautillant et ça continue. Ça répond à des tas de questions que je ne pensais même pas me poser, moi qui croule habituellement sous les questions sans réponses, ça me change et ça fait un bien fou.

Premier changement : être différemment intelligente ne va pas me rendre plus exigeante mais plus indulgente. Envers les autres déjà, parce que mieux comprendre mon fonctionnement, et donc celui des autres facilite infiniment la communication, vraiment. Indulgence avec moi aussi, parce que je m’en suis peut-être fait un peu trop baver, et qu’il serait temps que je me foute la paix. J’ai envie de faire quelque chose de cette chance, je vais me secouer les puces quand il faudra, mais je vais aussi essayer de ne pas me mettre trop de pression. Accepter de décevoir par exemple. Et je voudrais lever vraiment le pied sur le sarcasme. Bon, ça c’est pas gagné. :-)

 

J’ai l’impression d’être une poulette de batterie qui a vécu une demi-vie tassée et entassée dans un hangar, et qui découvre le bonheur de gambader et voleter à l’air pur. Le pire c’est que la porte était même pas fermée. Mais les poules, c’est rien que des moutons. Enfin je me comprends.

Aparté : En parler ou pas ?

En deux semaines, j’en ai très peu parlé. (Ou plutôt, beaucoup mais à très peu de gens, pardon à eux, ou plutôt à elle ^^) Par manque d’occasion, plus que par volonté. Je suis encore toute newbie dans ce petit monde, je ne sais pas trop ce qui se fait. J’ai l’impression qu’il faut le taire, mais je ne comprends pas trop pourquoi. Pour ne pas avoir l’air prétentieux ? Mais y a pas de quoi se vanter, on y est pour rien et tant qu’on a rien accompli ça n’a rien de valorisant.

Est-ce que c’est culturel-français ? Je veux dire, quelqu’un qui a été doté d’un super corps sera super bien vu, mais quelqu’un qui a un cerveau hors du commun ferait mieux de ne pas trop la ramener ? Mais tant que le premier n’a pas remporté un marathon et le deuxième un prix Nobel, y a pas de raison de rougir ni de honte ni de fierté.

J’ai un corps qui marche beaucoup moins bien que la plupart des gens (euphémisme). Je ne m’en suis jamais sentie diminuée, inférieure à un corps ayant plus de facilités, ni même envieuse. J’ai un cerveau qui marche mieux que la moyenne, ben pas plus de raison de me comparer. Et tu peux me dire pourquoi je suis en train de me justifier ? Est-ce que je vais bientôt me prendre le poids de préjugés anti tête d’ampoule après le bullshit sur les leçons de vie ?

J’en parle parce que je vis la meilleure de mes 36 premières années. Alors ici au moins, je ne peux pas me taire.

 

PS : Si c’est tout en bordel dans ta tête, tu as le droit de te poser des questions sur toi, c’est même pas prétentieux. C’est peut-être ça, c’est peut-être pas ça, t’emballe pas, mais c’est vraiment une hypothèse intéressante à creuser, au pire tu ne seras pas moins bon, tu auras toujours appris quelque chose sur toi, c’est jamais perdu. Comme c’est mon sujet chouchou du moment, si tu as des questions ou juste envie d’en parler, n’hésite pas. Je veux dire, c’est mon sujet chouchou-obsessionnel, donc n’hésite pas, ECRIS MOI, huhu. ^^


Edit J+4 : Je ne sais toujours pas si j’ai bien fait d’écrire ça. Toute à mon euphorie d’ouvrir toutes ces petites portes, j’avais besoin de partager, tout, mais je ne suis pas sûre de l’avoir bien fait. Peut-être que si j’avais plus attendu, j’aurais mieux su expliquer ce que ça changeait vraiment pour moi. Je n’ai pas eu de mauvaise réaction, mais j’ai peur que tout ça puisse être mal perçu. Pour accepter de décevoir c’est pas encore ça tavu. Je n’en reparlerai plus ici je pense (?), j’éditerai, modifierai peut-être cet article quand j’aurai avancé / digéré.

In Vrac

déc 06

Ta mère elle vote Le Pen

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La première fois que j’ai entendu parler de Le Pen, on était en 1987. J’avais 7 ans, un superbe cartable papillon et plein de bons points (retrouvés cette semaine justement). On est dans le couloir du CP de Pierre et Marie Curie et ma copine Camille me lance « Et ton père il vote Le Pen ?! Ah ah ah ! »  « Hein, quoi, le peigne ? » (J’avoue qu’aujourd’hui, mon cerveau fait encore parfois clignoter un peigne quand je pense au clan)

Le soir à table je demande « Papa, maman, c’est quoi Le Pen ? ». Mes parents avaient 20 ans en 68, ont fait le Larzac, sont amis avec ce Monsieur, et se sont rencontrés parce qu’ils avaient les mêmes autocollants anti-nucléaires sur leurs deux-chevaux, si ça peut vous donner une idée. Alors on m’a expliqué le vieux borgne au bandeau, qui croit que mes copines Sultan, Senay, Nora et Karima valent moins que moi.

Ah ah, décidemment elle est vraiment trop drôle ma copine Camille ! « Ta mère en slip au Prisunic » c’était déjà pas mal , mais « Ton père il vote Le Pen » c’est tellement improbable que c’est tellement drôle ! Adhérer à ce genre d’idées loufoques ?! Mais personne, jamais ! Ah ah rions !

Voilà, 2015, soir d’élections, ça sera mon principal commentaire.

Je préfère ne pas savoir ce soir ce qu’aura voté mon père.

Camille vit au Portugal et elle a bien raison.

Me demandez pas de voter Chirac une deuxième fois.

 

Bande son : Kent – Tous les mômes

 

 

In Vrac

déc 06

On va s’aimer (avec des playmobils et un ukulélé)

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Suite des événements.

La foule continue à avoir peur de quelques gars tarés et armés.

Nos politiques, différemment tarés et armés (mais pas mal quand même), continuent à nous faire peur

Ils nous brident, nous scrutent, nous recroquevillent, nourrissent le haine, la peur, et créent les conditions pour de nouveaux drames. Etat d’urgence, fermeture des frontières, big brother is watching us et perquisitionne à tours de bras et dans l’abus le plus total, modifie la constitution pour que cette situation de sur-contrôle bien confortable puisse perdurer.

« Oh oui, se pâme la foule frissonnante, merci de nous protéger, serrez plus fort ! »

 

Alors on a repris mes playmobils, sa petite voix et son ukulélé (et nos âmes d’esthètes, ouais), et on revient brailler pour nos idéaux-oh-oh-oh-oooh.

 

 

In Vrac

nov 14

Les oranges de la colère

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En janvier j’avais rien pu écrire.

Je sais pas encore bien ce que je vais écrire.

 

Je n’ai ni peur ni colère. Faut dire que je n’ai pas allumé la télé encore, ça aide peut-être. Je n’ai pas d’images sinon celles que je m’en fais. Et elles ne sont pas jolies, ni édulcorées. Depuis 12h je vis ça avec twitter, parce que les infos y sont plus rapides, plus saines, plus intelligentes, et parce que c’est avec ces gens-là que je me sens mieux dans ces moments-là.

 

Je vois la peur, et je la comprends. J’ai tremblé un moment pour quelques uns avant de les voir émettre des signes de vie. Mais la peur ne doit pas durer. Ou bien, d’instinct de survie elle devient empêcheuse de vivre.

Je vois la colère, beaucoup, je la comprends moins. Je ne la juge pas : à chaud, c’est une émotion, ça ne se décide pas, ça débarque et on en fait ce qu’on peut. Mais à long terme, oui, je la juge et la méprise. Je ne supporte plus le cynisme de ceux qui s’y vautrent, méprisant toute autre attitude.

Sur twitter ça défile sec et ça vomit sa bile. Il y a les rageux qui souillent le monde à longueur de vie, qui saisissent l’événement comme du pain (au chocolat) béni pour récupérer le truc, buzzer, se mettre en avant, malheureusement ces gens-là sont souvent « nos » politiques. Et il y a la foule, sous le coup de la colère qui les dénonce, les conspue, les lynche… leur donnant cette visibilité qui les fait bander. Diffusant leur haine dans nos TL et nos cerveaux déjà bien suffisamment abimés par tout ça.

Bref, la colère à chaud ok, mais ne la laissez pas trop traîner, ça fait désordre.

 

Tout ça pour dire, je suis drôlement soulagée de n’éprouver ni haine, ni peur, ni colère. Ça doit tellement les emmerder en face. Je ne suis pas inconsciente, pas bisounours (en fait si, sûrement, mais comme une force, pas comme naïveté), pas détachée. Je suis triste. Hagarde. Je me sens un peu seule. Et j’ai pas vraiment dormi. Mais la colère m’est complètement étrangère. Un peu comme cette idée qui me paraît absurde d’être « en colère contre la maladie ». Hé, c’est pas une vraie personne et on y changera rien, alors ne nous résignons pas à subir nos vies, mais agissons sur ce qu’on peut modifier plutôt que de maudire l’obscurité en tapant du pied. Là c’est pareil, j’ai du mal à les voir comme des vrais gens sur qui ont peut avoir prise, du moins pas moi directement, à mon échelle. Par contre l’état général du monde qui crée leur existence, on peut essayer d’y faire quelque chose.

Je m’accroche aux messages positifs, à tenter de les répandre, c’est comme les bisous magiques, on sait bien que ça guérit rien mais c’est toujours un peu de douceur, et c’est jamais perdu, la douceur.

 

Et il y en a, beaucoup.

 

Sur twitter, pendant que les premiers râlent, crient, désespèrent, d’autres allument des lumignons en créant, dès les premières minutes de l’événement, le hashtag #PorteOuverte. « Ne restez pas dans la rue, c’est trop dangereux, j’habite rue des gentils, j’ai un lit libre et je vous ferai du thé. » « J’ai une pizza, pas de canapé mais tout le monde peut venir, on dormira par terre, c’est mieux que mourir» « Je suis pas dans le quartier mais si ça peut vous éviter de prendre des risques, venez dormir chez moi. » « Ma petite sœur est dans la rue, elle a peur, qui peut l’héberger et la rassurer ? » Twitter a sauvé des vies hier, et il en a adouci beaucoup d’autres. Et m’a collé quelques frissons.

Et puis on a ressorti le hashtag #VoyageAvecMoi, pour proposer des covoitureurs de transports en commun. Pour que tu ne fasses pas le trajet seul demain matin, si tu ne te sens pas en sécurité. On ne se protègera pas des bombes comme ça, mais on peut lutter contre l’isolement et la connerie (et de la connerie tu en prendras plein les dents si tu as le malheur d’avoir le même genre de bronzage que les terroristes, par exemple). «RER B 7h40, chevelu mais gentil. Ne reste pas tout seul si besoin, #VoyageAvecMoi ».

Et rapidement les avis de recherche s’organisent, pour être plus efficace et rassurer plus vite les proches dans l’attente.

Et puis les appels à donner son sang en masse. Tellement relayés que l’EFS est saturé, n’y allez plus, mais gardez votre sang pour y retourner la semaine prochaine, le stock sera éclusé.

Et puis ce type, ma nouvelle idole, qui a ramené un piano à queue, en vélo, pour jouer « Imagine » devant le Bataclan, puis s’en est allé. Best réaction ever.

 

Je vais pas vous dire que j’ai pas peur, mais j’ai pas peur d’eux. J’ai peur de nous, de ce qu’on va en faire, des amalgames, de la méfiance, des regards de travers. De ce qu’ils vont en faire, eux nos politiciens, serrer la vis de la sécurité jusqu’à étouffement de la moindre liberté qu’il nous restait. Peur de nous voir les remercier pour ça. Mais ça c’est pas une angoisse informe, c’est la peur d’un truc concret qu’on peut combattre. Alors combattons. Armons nous sans relâche de nos intelligences et de nos coeurs. Et d’art. Réalisons de grandes choses, peut-être, mais ne négligeons surtout pas les toutes petites. Et plantons des orangers aussi.

 

Bon, je sais toujours pas si j’ai écrit ce que je voulais dire, j’aurais peut-être dû attendre d’avoir une bonne nuit de sommeil dans les pattes.

Je sais plus si je l’ai dit mais je vous aime.

Presque tous. ^^

On va continuer à se marrer, qu’est-ce que tu croyais.

 

 

In Vrac

oct 24

Saisons

0

 

Les sanglots longs de l’automne blessent mon coeur d’une langueur monotone…
Tout suffocant et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens
et je pleure

Et je m’en vais au vent mauvais qui m’emporte, deçà delà, pareil à la feuille morte.


Bullshit, Verlaine ! C’est pas vrai, c’est juste magique l’automne !

Non mais attends t’as vu ces couleurs dehors ? Le rouge feu, le jaune doré, la douceur de l’orange intermédiaire. Pendant que luttent encore quelques feuilles vertes, fleurs d’automne, framboises et même guêpes, refusant de tourner la page. Si je ne crie pas WAOUH chaque jour sur les chemins bordés d’arbres, tu peux juste remercier mon fabuleux self-control. Et puis les couleurs passent, le vent les envoie valser et ça fait crounch crounch quand tu marches sur un tapis de feuilles. Reboot, on joue à être morts pour mieux rejaillir au printemps, taille sévère au jardin pour ne garder que l’essentiel, coussinets moelleux de paillis pour protéger du froid. Je ressors aussi ce manteau que j’aimais bien, cette écharpe douce comme pas permis. On s’emballe, on se protège, en hiver on a droit à cet ersatz de carapace. Et puis le feu qui crépite dans les cheminées , les bouillottes, les chocolats chauds et la cannelle. Le radiateur qui me souffle sa chaleur dense, le chat qui ne quitte plus mes genoux pour en profiter aussi. Les courges, les noix, les pommes, les châtaignes grillées (dans la cheminée, combo). Et la lumière rasante. Et la brume. Je t’ai parlé des raclettes, fondues et autres plats roboratifs ? C’est aussi l’idée que Noël approche, réfléchir à tous les aimés pour leur faire plaisir de la façon la plus unique possible. Puis procrastiner et finir par bâcler un truc le 23 décembre, oui, mais en octobre je fourmille d’idées affectueuses.

Mais bon octobre c’est pas seulement joli.
Octobre pour moi c’est les dents sur la glace, la craie sur le tableau.
Les boucles d’oreilles qui frottent l’écharpe à chaque mouvement. Les gens qui n ’ont pas encore répondu à ton message dans la seconde où tu cliques sur envoyer.. La fourchette que tu fais tomber (Elle est TOMBÉE putain, ça se fait pas de tomber !), la musique, si douce soit-elle, m’irrite profondément (« BRUIT, BRUIT ! » crie mon cerveau.). Le téléphone rajoute son signal strident au brouhaha supposé mélodieux, et je décroche avec une rage folle contre la personne ayant osé déclencher ça. Des gens manquent de jugeotte : ils font du bruit avec leur bouche et monopolisent mon attention pour un contenu qui n’en vaut pas la peine, mais DE QUEL DROIT BORDEL. Des gens brillants me parlent de trucs brillants, je les regarde avec des étoiles dans les yeux qui se transforment en larmes parce que mon cerveau dépassé court, rame, nage puis se noie sans parvenir à les suivre. La musique s’arrête (on est arrivé à la fin de la playlist ET ALORS ? C’EST INTOLERABLE). Il fait chaud, qui est l’imbécile qui a mis le chauffage à fond ? (Moi il y a r  minutes) Et ce con de chat qui ne veut pas dégager alors que j’ai pas envie de le caresser maintenant ?

J’arrête là la litanie, t’as compris le principe.
La dépression saisonnière s’est repointée (c’est tôt, oui.) et c’est toujours pas un petit blues hivernal connard. Je ne suis pas mélancolique, je suis électrique. Je ne fais pas dans la sensiblerie mais dans l’hyper-sensibilité douloureuse. Luminothérapie, millepertuis, alimentation soignée, et en 10 jours, j’ai bien court-circuité l’affaire, aujourd’hui je vais bien.

Bientôt je vais m’émerveiller des flocons cotonneux, des paysages ciselés de givre, et du crop crop des pas dans la neige.e

Et cris de rage parce que tout contact humain me sera devenu intenable, à commencer par moi-même.

Et pleurs d’impuissance parce que l’apathie m’aura engluée.

 

Ainsi soit-il.

Ou pas.

 

 

In Vrac

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